« L'héritage mystérieux », LI - Les aveux   

LI - Les aveux

Depuis trois jours, sir Williams se présentait régulièrement tous les soirs aux Genêts pour y faire sa cour à Hermine.

La jeune fille avait, dès l’abord, compris qu’elle était aimée ; du moins elle l’avait cru, car sir Williams possédait l’art merveilleux de feindre une passion alors qu’il ne l’éprouvait point.

Mademoiselle de Beaupréau ne s’était point révoltée contre cet amour. Sir Williams était jeune, il était beau, il avait cette voix mélancolique et voilée de ceux qui souffrent ; elle l’avait rencontré comme on rencontre un héros de roman.

C’étaient là tout autant de raisons, et de raisons suffisantes, pour que la jeune fille ne pût être blessée de cette adoration qu’elle inspirait. Mais Hermine aimait toujours Fernand : Fernand ingrat et vil à ses yeux, Fernand indigne de son amour.

Elle l’aimait comme on aime les morts, avec le souvenir et non avec l’espérance : car c’est une fatalité de la vie que ces affections qui nous rivent à ceux qui ne nous aiment point, et qui font qu’on aime sans espoir d’être aimé.

Le jour où Hermine avait cru posséder la preuve de la trahison de Fernand dans la lettre de Baccarat dictée par sir Williams, son cœur s’était fermé pour toujours.

Comme ces fiancées dont le fiancé meurt au matin qui précède l’hyménée et qui prennent pour toujours le voile, ne voulant plus aimer que Dieu, Hermine s’était vouée, dans le silence de son cœur, à un célibat éternel.

Elle n’aimerait plus.

Aussi plaignait-elle sir Williams et se trouvait-elle plus malheureuse encore de ce que lui-même pouvait endurer.

Cependant, elle ne le repoussait point ; elle trouvait même un charme infini à le voir assis près d’elle, à entendre sa voix triste et légèrement nuancée d’accent anglais.

Peut-être même obéissait-elle en cela à une pensée secrète.

Hermine avait observé que sa mère avait pris sir Williams en amitié, qu’elle se montrait presque impatiente de le voir arriver chaque jour, et elle avait compris quel sentiment faisait naître cette affection.

Elle avait deviné que sa mère aurait voulu la guérir de son fatal amour par un autre, la voir aimer le baronnet et oublier Fernand, qu’elle avait rêvé son bonheur et plaçait ce rêve d’avenir sur la tête de sir Williams.

Et la jeune fille se complaisait dans ces illusions et ces espoirs de sa mère, et elle eût voulu lui laisser croire qu’elle aimait déjà ou qu’elle aimerait bientôt le jeune Anglais. C’était pour cela qu’elle ne l’éconduisait point par un de ces mots, une de ces confidences qui éloignent à jamais un homme et arrêtent sur ses lèvres l’aveu prêt à s’en échapper ; pour cela qu’elle avait, plusieurs fois déjà, accepté son bras pour une promenade dans les alentours, tandis que M. de Beaupréau et sa mère cheminaient derrière eux, à quelques pas de distance.

Pourtant le baronnet n’avait point encore ouvert son cœur, il n’avait point encore prononcé un seul mot d’amour ; mais ses regards, mais l’accent ému et troublé de sa voix, son trouble quand il abordait Hermine, sa pâleur subite si elle levait les yeux sur lui, n’étaient-ils pas de muets témoignages plus éloquents que l’aveu le plus formel ?

Hermine se croyait aimée.

Or, il y a toujours chez la femme la plus pure de toute pensée d’égoïsme comme une satisfaction secrète d’inspirer un amour malheureux et qu’on ne récompensera jamais.

Hermine savait bien qu’elle ne répondrait jamais à l’amour de sir Williams, mais elle était jusqu’à un certain point fière de l’avoir inspiré.

Sir Williams arrivait tous les soirs vers sept ou huit heures, et ne s’en allait qu’à onze ; et chaque fois qu’il partait, il semblait à Hermine qu’il avait voulu lui avouer son amour, et ne l’avait osé.

Un soir, cependant, le baronnet fut plus hardi.

– Mademoiselle, dit-il à Hermine d’une voix qui lui parut trembler d’émotion, voudriez-vous m’accorder un moment d’entretien ?

Hermine et sir Williams se trouvaient alors dans le grand salon des Genêts. M. de Beaupréau, sa femme et la baronne de Kermadec jouaient au whist. Sir Williams entraîna Hermine dans le parc.

– Il faut que je vous parle, dit-il.

– Parlez, monsieur, répondit Hermine, qui éprouva une subite émotion.

– Je vais partir, mademoiselle.

– Partir ! dit-elle, et pourquoi ?

– Je retourne en Irlande, continua le baronnet, et je quitte à jamais la Bretagne ; je vais porter ailleurs le fardeau de ma destinée.

La voix de sir Williams tremblait dans sa gorge, et mademoiselle de Beaupréau le crut sous le poids d’une immense douleur.

– Oui, dit-il tout bas, j’étais venu chercher ici un peu de repos pour mon esprit tourmenté, un peu d’oubli pour mon cœur, et j’en vais repartir plus navré, plus désolé que jamais.

Hermine devinait, Hermine savait bien ce que sir Williams voulait dire par ces mystérieuses paroles ; aussi garda-t-elle le silence.

– Mademoiselle, reprit le baronnet, je ne veux point vous dire un adieu, probablement éternel, sans vous raconter une page de ma triste vie.

Hermine tressaillit et comprit que le moment approchait où un aveu glisserait sur les lèvres de sir Williams ; elle éprouva une émotion pénible et anxieuse, et elle regretta de l’avoir autorisé à parler.

– Orphelin dès mon berceau, poursuivit sir Williams, élevé par des mains salariées et étrangères, j’ai vécu longtemps isolé de toute affection, et, comme l’homme résigné à son sort, je promenais mon isolement et mon ennui à travers le monde, sans jamais souhaiter un ami.

« Les hommes que j’avais rencontrés me semblaient méchants, et je n’avais jamais levé les yeux sur une femme ; je n’avais jamais…

« Un jour, jour fatal ! une jeune fille se trouva sur mon chemin. Elle était belle, elle était pure comme un lis ; elle avait ce sourire rêveur, un peu triste, qui décèle les âmes d’élite, ce front pensif des natures élevées et intelligentes…

« Je la vis quelques minutes à peine, et une réaction se fit en moi, instantanée et terrible comme toutes les révolutions de l’âme et du cœur.

« Moi, l’homme fatigué de la vie avant d’avoir vécu, résigné à courir éternellement à travers le monde sans me fixer jamais, je me pris tout à coup à souhaiter, à rêver, à désirer ardemment une vie heureuse et calme, une affection, une famille ; il me sembla qu’aimer cette jeune fille, avoir le droit de passer ma vie à ses genoux, interrogeant ses yeux du regard pour y lire ses plus secrets désirs et les réaliser avec l’empressement d’un esclave, serait le paradis sur la terre. »

Sir Williams s’arrêta ému, et il sembla à Hermine qu’il comprimait à grand’peine un sanglot.

– Alors, reprit-il, j’eus la folie de concevoir une espérance… J’étais jeune, libre, riche, je portais un noble nom, pur de toute souillure dans le présent et le passé, je crus que je pourrais être aimé…

« Amère erreur ! cette jeune fille que j’avais aimée tout à coup et à qui ma vie appartenait désormais, elle-même… elle aimait ailleurs… »

Hermine éprouva comme un frissonnement qui parcourut tout son corps. Elle songea à Fernand.

– Alors encore, mademoiselle, acheva le baronnet, j’ai compris que ma destinée était à jamais marquée d’un sceau fatal, et je me suis résigné à continuer cette existence errante et vagabonde sans souvenir de la veille, sans espoir du lendemain…

Le baronnet s’arrêta, et il sembla à Hermine qu’il ne pouvait plus dominer son émotion.

Cependant, il reprit :

– Depuis huit jours, mon cœur brisé avait cru retrouver un peu de calme, mon esprit s’était égaré dans les régions du rêve, et les jours et les heures passaient pour moi sans que je m’en aperçusse et osasse songer aux jours et aux heures à venir… Hélas ! le réveil est venu…

« J’ai compris que si je demeurais ici plus longtemps, je laisserais peut-être au fond de votre vie ce trouble que font naître dans les cœurs généreux et bons les infortunes des autres, et je me suis résolu à partir…

– Monsieur, balbutia Hermine, non moins émue que ne le paraissait sir Williams.

– J’ai voulu vous dire adieu, mademoiselle, un adieu éternel, et vous supplier de me garder un souvenir… À vos heures de joie et de bonheur, quand celui que vous aimez…

Sir Williams s’arrêta à ce mot et regarda Hermine.

La jeune fille était devenue pâle comme une statue de marbre, elle secoua la tête et murmura :

– Je n’aime personne…

Le baronnet tressaillit et crut qu’en effet elle était guérie de son amour pour Fernand.

– Ou, du moins, reprit-elle, si j’aime, j’aime un mort. Avec un tel amour, il n’y a ni espoir, ni bonheur, ni joie.

– Un mort !… murmura sir Williams, qui eut l’air de ne pas comprendre.

– Ou c’est tout comme, répondit Hermine. Il est mort pour moi…

Et puis, comme elle voyait sir Williams le front courbé, l’œil morne, dans l’attitude d’un homme plus désespéré de sa douleur à elle que de sa propre douleur, elle lui tendit la main.

– Vous le voyez, dit-elle, je ne suis pas plus heureuse que vous…

– Eh bien ! dit-il tout bas, ne pourrions-nous associer nos douleurs et en faire une joie ? Et si je vous demandais à genoux de consacrer ma vie à vous faire oublier un misérable… – pardonnez-moi ce mot, votre père m’a tout dit… – si je vous jurais qu’il n’y aurait pas une minute, une action, une pensée de mon existence tout entière qui ne vous fussent dévouées… si, prosterné devant vous comme devant un ange…

Elle lui tendit encore la main :

– Non, dit-elle, en secouant la tête, non, sir Williams, vous êtes un noble cœur, et vous méritez mieux en ce moment que passer votre vie auprès d’une pauvre femme brisée et vivant d’un souvenir… Adieu, partez… oubliez-moi… je ferai des vœux si ardents pour votre bonheur, que Dieu m’exaucera… qu’une autre jeune fille, une autre dont le cœur sera libre et battra pour vous…

– Adieu, dit sir Williams.

Il se leva pâle, morne, semblable à une statue du désespoir ; mais du désespoir solennel et digne, qui ne se trahit point par des sanglots…

Il fit quelques pas, revint à elle, lui baisa la main :

– Adieu… adieu ! dit-il.

Et il s’approcha de la table de whist où la pauvre Thérèse était assise, d’où son oreille et son cœur de mère avaient tout entendu.

– Adieu, madame, lui dit-il à mi-voix, je reviendrai demain prendre congé de vous.

Et il sortit après avoir baisé la main de la vieille baronne et reconduit par M. de Beaupréau.

*

* *

– Eh bien ? dit le chef de bureau au moment où ils mettaient le pied dans la cour.

– Je crois que vous serez mon beau-père, répondit sir Williams.

Le baronnet s’était tout à coup transformé.

Ce n’était plus le jeune homme pâle, triste, désespéré, s’en allant la mort au cœur.

C’était un homme froid, railleur, souriant ; Don Juan riant de la comédie qu’il venait de jouer, et se moquant de la crédulité de sa victime…

Ce n’était plus le baronnet sir Williams, l’enfant mélancolique et rêveur de la verte Erin, la terre des martyrs résignés, la patrie de ceux à qui leurs pères ont dès longtemps appris à souffrir…

C’était Andréa !

Le vicomte Andréa, le cœur de marbre, l’âme de boue, le bourreau de Marthe, le ravisseur de Jeanne, l’assassin de Bastien !

M. de Beaupréau fit un pas en arrière et regarda le gentleman.

– Il me semble pourtant, dit-il, que vous n’êtes pas… encouragé. J’écoutais, tout en jouant… et la petite est entêtée.

– Cher beau-père, répondit froidement le baronnet, vous ne comprendrez jamais rien au cœur des femmes.

– Eh ! eh ! fit M. Beaupréau d’un air fat, et comme s’il eût voulu laisser croire que, dans sa jeunesse, il avait fait de nombreuses victimes.

– Si votre fille n’avait douze millions de dot, dit le baronnet avec impertinence, du diable si je voudrais de vous pour beau-père ; vous ne comprenez rien.

– Merci !

– Comment ! s’écria le baronnet, vous ne savez donc pas quelle est la progression de l’amour ?

– Non, répondit naïvement le Beaupréau.

– Eh bien ! écoutez, la voici.

Et sir Williams prit le bras du chef de bureau et l’entraîna à l’écart.

– En matière de sentiment, dit-il, la distance se compte par mois, par année ou par jour.

– Ah ! dit le Beaupréau, voyons comment ?

– Cette distance se compose de trois relais : l’indifférence, la compassion, l’amour.

– La division est ingénieuse !

– Chez une femme, poursuivit le baronnet, de l’indifférence à la compassion il peut y avoir des mois, des années, l’éternité… mais de la compassion à l’amour, il n’y a que quelques jours et souvent quelques heures. Comprenez-vous ?

– Pas encore, sir Williams.

– Hermine ne m’aime pas encore, poursuivit-il, complétant sa pensée, mais elle me plaint…

– Très bien, je comprends.

– Seulement, comme nous n’avons pas le temps d’attendre, il faut brusquer les choses.

– Que voulez-vous dire ?

– Il faut, non pas attendre que votre fille m’aime, mais il faut la forcer à me promettre de m’aimer.

– Est-ce possible ?

– Rien n’est plus facile. Écoutez.

On amenait en ce moment son cheval au baronnet.

Il passa la bride à son bras, et dit à M. de Beaupréau :

– Accompagnez-moi quelques pas, nous causerons.

– Soit, dit le Beaupréau. Causons.

– Je vous disais donc, reprit le baronnet, qu’il fallait amener Hermine à une promesse ?

– Oui, et vous prétendiez que c’était facile.

– Très facile. Vous en jugerez. Il n’est besoin pour cela que d’une chose, c’est qu’elle m’ait de la reconnaissance.

– À vous ! et comment ?

– Beaupréau, dit le baronnet en souriant, écoutez bien ceci, et proclamez-moi un homme de génie.

– Je ne demande pas mieux.

– Nous avons fait accuser Fernand de vol, nous l’avons fait enfermer, et il sera jugé dans huit jours, aux prochaines assises, n’est-ce pas ?

– Je le crains, dit le Beaupréau.

– Eh bien ! de même que nous avons eu besoin de le perdre, nous avons besoin de le sauver.

– Je ne comprends pas pourquoi.

– Attendez, supposez une chose : Hermine aime toujours Fernand, c’est incontestable. Fernand est un traître d’amour, un misérable qui n’en voulait qu’à sa dot et aimait la Baccarat.

Beaupréau se mit à rire.

– Il faut convenir, dit-il, que nous avons assez bien joué cette petite comédie.

– On ne peut mieux ; mais attendez encore. Donc, Fernand est perdu dans le cœur d’Hermine ; mais il ne l’est point dans son esprit ; elle ignore son prétendu crime.

– Eh bien ? fit le Beaupréau.

– Eh bien ! il faut qu’elle l’apprenne.

– Ah ! je crois comprendre…

– Quand elle le saura, de deux choses l’une : ou elle le méprisera et sera guérie, et alors elle m’aimera ; ou, obéissant à ce sentiment de généreuse protection qui est inné dans le cœur des femmes pour celui qu’elles ont aimé, elle voudra le sauver.

– Mais alors…

– Attendez donc !… Je serai là, je promettrai d’éviter à Fernand la honte de la cour d’assises et du bagne…

– Mais comment le pourrez-vous ?

– Ceci me regarde. Alors Hermine reconnaissante finira par m’aimer. Je prévois même une jolie scène.

– Tout cela me paraît moins facile que vous ne dites, mon cher gendre.

– C’est tout simple, au contraire ; mais il faut agir. Or, vous êtes le bras, moi la tête. Exécutez ce que j’ordonne, c’est tout ce que je demande.

– Que faut-il donc faire ?

– Une chose fort simple : faire que, demain, Hermine sache le crime de Fernand.

– Je le lui apprendrai moi-même.

Sir Williams haussa les épaules.

– Ce n’est pas cela, dit-il, il faut qu’elle l’apprenne par hasard. Écoutez bien. Vous avez eu soin, c’était d’abord nécessaire, de ne point laisser arriver les journaux de Paris jusqu’à votre fille, et vous avez bien fait ; maintenant, il faut faire tout le contraire.

– Mais on ne reçoit point de journaux aux Genêts ?

– Pardon, madame de Kermadec est abonnée à la feuille de la localité voisine, la Foi bretonne.

– C’est juste, je l’oubliais.

– Maître Jonas n’en fait-il point chaque jour la lecture à sa maîtresse ?

– C’est vrai ; mais la Foi bretonne ne contiendra rien de relatif à Fernand.

– C’est ce qui vous trompe. Son numéro d’aujourd’hui, celui que le facteur rural apportera demain matin, renferme au contraire un long article à ce sujet : c’est moi qui l’ai envoyé à la rédaction.

– Ah ! dit Beaupréau. Eh bien ?

– Ordinairement, n’est-ce pas, c’est vers une heure de l’après-midi que le facteur arrive ?

– À peu près.

– En ce moment-là, on est à table aux Genêts ?

– Oui, répondit le Beaupréau.

– Eh bien ! vous prierez maître Jonas, si la baronne ne l’en prie elle-même, ce qu’elle fait je crois, de parcourir le journal. Nous aurons bien du malheur si le drôle ne met pas, du premier coup, le doigt sur le fameux article.

– Eh bien ! en ce cas ? interrogea Beaupréau anxieux.

– Le reste me regarde, dit froidement le baronnet, ne vous en préoccupez pas. Bonsoir, beau-père.

Et sir Williams, qui avait ourdi déjà un nouveau plan de bataille, congédia Beaupréau et sauta en selle.

Comme à l’ordinaire, il prit le sentier des falaises.

Lorsqu’il fut arrivé au lieu même où, l’avant-veille, il avait précipité Bastien et le fou dans l’abîme, un froid et cruel sourire lui vint aux lèvres.

– Monsieur le comte de Kergaz, murmura-t-il, décidément vous n’êtes pas fort, et un enfant en ferait autant que vous. Il ne fallait pas envoyer Bastien à Kerloven. Il fallait y venir vous-même. On fait toujours mieux ses affaires. La partie est perdue pour vous. J’épouserai Hermine et vous serez bien obligé de rendre les douze millions.

Sir Williams mit son cheval au galop, et arriva au manoir vers minuit. Une lettre l’y attendait.

Le baronnet l’ouvrit et poussa un cri de joie.

Cette lettre était celle que Jeanne lui avait écrite, et que Colar lui avait envoyée le matin même du jour où il devait tomber sous la balle du comte de Kergaz.

Cette lettre était demeurée sur la table de Colar, qui n’avait pas eu le temps de la mettre à la poste, tant la nouvelle de l’évasion de Baccarat l’avait bouleversé. Rocambole l’avait trouvée toute fermée, et portant la véritable adresse de sir Williams, écrite de la main de Colar.

Par hasard, le vaurien l’avait mise à la poste.

– Ah ! murmura sir Williams, je crois que ma partie est assurément plus belle que jamais. J’épouserai Hermine, et Jeanne sera ma maîtresse ! Pauvre Armand !