« Boidelou : la lignée des lacour », Chapitre 10 – De l’autre côté   

Chapitre 10 – De l’autre côté

Le soir même, le Shérif convoqua la ville à une réunion d’urgence. Ils se rendirent tous au gymnase et remarquèrent tout de suite que quelque chose avait dû se passer, par la présence des Gautier parmi eux, et par l’absence du Maire.

Ayant tous hâte de connaître l’objet de cette séance, toutes les oreilles étaient tournées vers le Shérif, se tenant seul sur l’estrade.

« Bonsoir. Je vous ai réunis ce soir, car un événement grave s’est produit. »

L’assemblée avait les yeux rivés sur le Shérif et redoutait les mots qui allaient sortir de sa bouche.

« Comme vous pouvez le voir, Monsieur Zorek n’est pas présent parmi nous. » Des regards d’horreur se dessinèrent sur les visages des habitants qui craignirent le pire. « Il va bien », enchaîna rapidement le Shérif, voyant les regards inquiets. « Mais, sa fille, Laura, s’est ce soir métamorphosée, sous mes yeux… et ceux des Gautier », reprit-il.

Les deux côtés de l’assemblée furent choqués de la nouvelle et, très vite, le côté du lac hurla d’accusations envers le côté de la colline.

« Silence ! », ordonna le Shérif. « Nous ne savons pas à l’heure actuelle les circonstances exactes de ce drame, mais il est fort possible qu’il soit relié à l’incident survenu à Monsieur Gautier. »

Philip leva la main, et les regards se tournèrent vers lui. 

« Si je peux me permettre, je ne pense pas qu’il nous soit arrivé la même chose », dit-il, en essayant de ne pas prêter trop d’attention à tous les regards qui le fixaient. « Je ne peux pas expliquer ce que j’ai vu ce soir, mais en ce qui me concerne, j’ai été drogué. »

« Drogué ? », répéta le Shérif, dubitatif.

« Oui », reprit Philip, qui monta sur l’estrade. « J’ai remarqué, tout à l’heure, en examinant Laura que bien que les marques que l’on avait au cou se ressemblaient beaucoup, les miennes étaient beaucoup plus superficielles. Je me suis alors replongé dans mes bouquins de médecine et j’ai trouvé une substance qui provoque exactement les symptômes que j’ai expérimentés. J’en suis donc arrivé à la conclusion que quelqu’un m’avait drogué afin de simuler une attaque comme celle qu’a subie la jeune Laura. »

La salle se tut.

« Nous allons étudier tout ça, dès que le Maire sera à nouveau sur pied », reprit le Shérif. « Que les coupables des deux attaques se dénoncent rapidement, ou il y a aura de lourdes conséquences pour tout le monde », annonça le Shérif.

L’assemblée se dissout peu à peu, les soupçons s’amplifiant des deux côtés.

Les Gautier rentrèrent chez eux, sans un mot.

*****

Le lendemain, les Gautier furent l’objet de regards méfiants toute la journée. Maintenant dans le secret, ils se retrouvaient encore plus dans la ligne de mire des habitants qui redoutaient ce qu’ils allaient faire de cette information.

Adrien chercha Damien des yeux. Il ne l’avait pas revu depuis la réunion au gymnase. Il l’aperçut alors au sol, dans un couloir du lycée, en train de recevoir des coups du Trident.

« Eh ! Laissez-le tranquille ! », hurla Adrien, qui se précipita au secours de son ami.

Il lui tendit la main. Mais, Damien la repoussa. Il se releva, sans regarder Adrien.

« Qu’est-ce qu’il y a Damien ? Je t’ai attendu ce matin… »

« J’ai envie d’être seul », dit Damien, avant de repartir.

Adrien entra dans la salle de classe, et vit les choses comme si c’était la première fois. Il pouvait maintenant discerner des différences entre les deux côtés. Le côté gauche, regroupant les élèves de la colline, semblait plus bruyant, plus vivant… plus animal.

Il s’assit à sa place et se repassa dans la tête tous les événements qui s’étaient déroulés depuis qu’il était arrivé. Les signes étaient là depuis le début… dès lors qu’un animal avait surgit devant leur voiture, les bruits en provenance de la forêt, la rencontre de Kévin, puis la mystérieuse louve blanche.

Adrien pouvait maintenant comprendre les oppositions entre les deux côtés de la ville. Bien que nettement inférieurs en nombre, les habitants de la colline exerçaient leur influence et leur pouvoir sur les habitants du lac, qui s’y soumettaient de peur des représailles.

Adrien jeta un œil dans la direction de Chloé et Kévin qui avaient les yeux rivés sur le tableau. Il ne leur avait pas parlé depuis les révélations, car il ne savait pas trop comment aborder le sujet. Par ailleurs, ces derniers faisaient profil bas à la vue des accusations qui volaient au-dessus de leurs familles, rendant difficile tout contact avec eux.

Adrien décida de laisser un peu de temps couler pour que tout rentre dans l’ordre, ne voulant pas brusquer les choses. Mais, afin de retrouver sa routine le plus rapidement possible, il se rendit au Centre de Convalescence directement après les cours.

Mme Noma l’accueillit de son grand sourire habituel et Adrien en oublia ses soucis. Une fois les salutations terminées, Adrien s’élança vers la grange pour chercher la boîte à outils, mais Mme Noma le freina dans son élan.

« Je n’ai pas de travail pour toi aujourd’hui, Adrien. » Les yeux d’Adrien se remplirent de déception. « Mais, si tu as un peu de temps devant toi, tu peux te joindre à nous. On fête un événement spécial, aujourd’hui », ajouta-t-elle, avec un clin d’œil.

Adrien retrouva sa bonne humeur et suivit Mme Noma dans la cuisine. Il aperçut les décorations sur le chemin, puis se retrouva en face d’un gros gâteau recouvert de nappage de chocolat.

« Qu’est-ce qu’on fête ? », demanda Adrien, curieux.

« Un anniversaire », répondit Mme Noma, sur un ton encore plus jovial que d’habitude.

Adrien alluma les bougies du gâteau, puis porta le plateau jusqu’au salon où les pensionnaires du Centre étaient déjà tous réunis. Il aperçut alors Sarah, placée en bout de table, et portant une jolie robe, mauve pâle.

Mme Noma éteint les lumières et se mit à chanter, très vite accompagnée par les voix des jeunes, y compris d’Adrien.

« Joyeux anniversaire… Joyeux anniversaire… Joyeux anniversaire, Sarah… Joyeux anniversaire ! »

Sarah souffla ses seize bougies d’un coup, et tout le monde applaudit. Mme Noma alluma la lumière, et Adrien entreprit de couper le gâteau dont il remit la première part à Sarah.

« Joyeux anniversaire, Sarah », lui dit-il, en souriant.

Adrien apprécia de passer quelques heures loin des divisions de la ville et en profita tellement qu’il ne vit pas le temps passer.

*****

La nuit était tombée, et Adrien se dépêcha de rentrer chez lui. Lorsqu’il arriva, son père se trouvait sur une chaise du salon, en train de fixer le canapé des yeux.

« Adrien, viens t’asseoir. J’aimerais te parler. »

Adrien approcha une chaise à côté de son père et s’assit. Ni l’un, ni l’autre n’avaient eu le cœur à s’asseoir sur le canapé depuis ce qui était arrivé à Laura.

« Adrien. J’ai beaucoup réfléchi, et je pense qu’il vaut mieux que l’on quitte cette ville. »

Adrien se leva d’un bond.

« Non ! », hurla-t-il. « Pourquoi ? »

« Ecoute, je sais que ce n’est pas facile pour toi, mais j’agis dans ton intérêt. »

« Comment ça peut être dans mon intérêt si ça va à l’encontre de ce que je veux ? »

« Tu comprendras un jour, quand tu auras des enfants. Mais, je ne peux pas te laisser ici sachant que je mets ta vie en danger. »

« Tu ne peux pas me faire ça. On n’est pas plus en danger ici qu’ailleurs ! »

« Adrien. Est-ce que tu te rends compte qu’on est en présence de loups-garous ? »

Philip racla sa gorge, prenant conscience de ce qu’il venait de dire, mais ayant toujours du mal à y croire.

« Ils ne sont pas tous méchants. Tu ne les connais pas ! », rétorqua Adrien.

« Et toi, tu les connais peut-être ?! »

Adrien regarda son père dans les yeux.

« C’est l’un deux qui m’a aidé à te retrouver », plaida-t-il. « Sans eux, tu serais probablement… »

Adrien ne parvint pas à finir sa phrase. Une larme coula sur sa joue. Philip regarda son fils, se demandant quoi faire. Il s’approcha d’Adrien et lui posa la main sur l’épaule.

« L’année scolaire est presque terminée. On déménagera après ton dernier cours… Comme ça, tu auras le temps de te faire à l’idée. »

Adrien quitta la pièce, furieux, et partit s’enfermer dans sa chambre. Il s’allongea sur son lit, enfila les écouteurs de son lecteur de musique, et ferma les yeux.

*****

Quelques heures plus tard, Adrien était bien trop agité pour dormir. Il sortit discrètement de la maison, en faisant attention à ne pas claquer la porte derrière lui.

Il se rendit au cimetière dans l’espoir d’y trouver la louve blanche. Dans la forêt, sur le chemin qui l’y menait, il aperçut Chloé.

« Qu’est-ce que tu fais là ? », demanda-t-elle, étonnée.

« J’avais besoin de m’éclaircir la tête », répondit Adrien. « Je suis content de te voir. »

Chloé sourit.

« Je n’étais pas sûre que tu veuilles encore me parler après ce que tu as appris sur la ville… sur moi… »

« Cela ne change rien à mes yeux », dit Adrien.

« Tu dis ça maintenant. Mais, tu ne te rends pas compte… »

« Alors explique-moi. Il n’y a rien que tu puisses dire ou faire qui me fera changer d’avis. »

Chloé se changea en louve blanche sous ses yeux. Adrien ne recula pas. Il n’avait pas peur. Il s’approcha d’elle et sourit. Chloé reprit sa forme humaine et sourit à son tour.

Adrien déblaya quelques feuilles, et s’assit. Chloé s’assit à côté de lui. Ils s’enlacèrent tendrement, comme s’ils étaient seuls au monde. C’était comme si le temps s’était arrêté pour eux. A cet instant, en ce lieu, plus rien n’avait d’importance.

Ni Chloé, ni Adrien, ne remarquèrent alors qu’une autre louve blanche les observait de loin.

Adrien ne se réveilla que quelques heures plus tard, avec l’arrivée de l’aube.

Il ouvrit les yeux et réalisa qu’il se trouvait encore au milieu de la forêt. Il tourna la tête et s’aperçut que Chloé n’était plus là. Il se leva, et courut jusqu’à chez lui pour se recoucher avant que son père ne s’aperçoive de son absence.

*****

Au petit-déjeuner, les deux Gautier ne s’adressèrent pas la parole, chacun campé sur sa position.

Adrien se rendit au lycée, et s’arrêta devant le bureau de Mlle Montant qu’il aperçut en pleurs. Il fit quelques pas devant, ne sachant pas trop ce qu’il était censé faire dans ce cas de figure. Mlle Montant l’aperçut.

« Adrien ? » Adrien apparut dans l’encadrement de porte. « Tu peux rentrer si tu veux. »

Il entra timidement dans le bureau, ne sachant pas quoi dire. Il s’assit sur la chaise face à Mlle Montant et réalisa que c’était la première fois qu’il se trouvait dans son bureau.

La pièce était calme et accueillante et Adrien sentit les efforts que Mlle Montant y avait mis pour mettre les élèves à l’aise.

« Alors Adrien, qu’est-ce qui t’amène devant mon bureau ? »

« Euh… Je me demandais si vous alliez bien. »

« Comme c’est gentil à toi, Adrien. Tu es comme ton père. »

Sur ces derniers mots, elle se remit à pleurer, et Adrien appuya son dos contre le dossier de sa chaise, mal à l’aise. Mlle Montant attrapa un mouchoir et essuya ses larmes. 

« Excuse-moi. Ton père a dû te dire qu’on s’était séparés. Il m’a dit que ce serait moins dur de le faire maintenant étant donné que vous alliez repartir bientôt. » Le regard d’Adrien s’assombrit, et Mlle Montant le remarqua « Je suis désolée. Ça ne doit pas être facile pour toi l’idée de déménager à nouveau. Comment tu te sens Adrien ? »

« Ça ira. Je commence à avoir l’habitude », dit-il, désillusionné.

« Tu es un jeune garçon bien, Adrien. Sache que ma porte te sera toujours ouverte si tu as besoin de parler. »

« Merci », dit Adrien en se levant. « Je suis désolé que ça n’ait pas marché avec mon père », ajouta-t-il, d’un ton sincère, avant de partir.

*****

Le traitement de silence entre les deux Gautier persista plusieurs jours. Et ce soir-là, les seuls bruits qui sortirent de leur maison provinrent du bricolage effectué par Adrien dans le Garage. Il avait réunit des planches de bois et s’était isolé afin de travailler sur un projet.

Les jours qui suivirent, Adrien profita de tous ses moments libres pour se fourrer dans le garage, avant et après les cours. Les matins, cela lui permettait également d’éviter de croiser son père avant de se rendre au lycée.

Un matin, alors qu’il arrivait devant le lycée, il fut surpris de voir que, pour une fois, les regards étaient tous tournés vers quelqu’un d’autre. Il s’approcha pour voir de qui il s’agissait, et il aperçut alors Laura.

C’était la première fois qu’Adrien la voyait depuis qu’elle s’était métamorphosée dans son salon. Il remarqua que les couleurs de son visage étaient revenues, mais qu’elle avait l’air aussi désorientée que lorsqu’il l’avait trouvée.

Adrien ne fut pas le seul à voir que quelque chose n’allait pas chez Laura. Chloé, qui se trouvait dans la cour, murmura à Agathe.

« La pauvre. Ça ne doit pas être facile de se retrouver comme ça, de l’autre côté, sans avoir rien demandé », dit Chloé.

« Pourquoi la pauvre ? », rétorqua Agathe. « Elle devrait plutôt exprimer sa gratitude. Elle ne mérite pas un tel privilège si tu veux mon avis. »

« Un privilège… C’est comme ça que tu vois ça ? »

« C’est comme ça que mon grand-père l’appelle. Pourquoi, tu vois ça comment ? »

« Je ne me suis jamais vraiment posé la question, en fait. J’ai toujours pensé que ça faisait partie de moi. Mais, je ne pense pas que l’on devrait le forcer à quelqu’un. »

« Et qu’est-ce que tu penses de ceux qui veulent être comme nous à tel point que cela a plus de valeur à leurs yeux que leur propre vie ? »

« Tu penses à ton père… ? »

« Oui », répondit Agathe, d’une petite voix.

Les deux ne dirent rien pendant quelques minutes.

« Agathe, tu t’es déjà demandé ce qui se serait passé si tu avais été plus comme ton père… je veux dire… humaine… Tu crois que les choses auraient été très différentes ? »

« Je préfère ne pas y penser », répondit-elle, en regardant Laura errer.

Les yeux de Laura vagabondaient d’un côté à l’autre de la cour, entre ses amis du lac qui l’observaient étrangement, et les habitants de la colline qui l’invitaient à les rejoindre.

Ne sachant pas de quel côté elle était désormais censée aller, elle resta dans la cour, indécise, tandis que les autres élèves rejoignaient leurs classes.

*****

Damien arpentait les allées du cimetière. Il s’arrêta devant une tombe joliment fleurie, sur laquelle était inscrit « Martine Fourrier ».

Il s’accroupit et réajusta de sa main les multiples violettes qui y étaient plantées. Il se releva et resta devant, quelques minutes, silencieux.

Une demi-heure plus tard, il se dirigea vers la sortie du cimetière, mais il entendit des cris au loin. Il aperçut le Trident et Agathe.

Il s’approcha alors pour voir ce qui se passait. Agathe tenait des fleurs dans sa main que Fabien lui prit, puis jeta par terre.

« Sérieusement Agathe ? Des fleurs pour ton père ? Tu veux nous mettre la honte ou quoi ? On n’honore pas les humains. Et encore moins lorsque ce sont des moins que rien comme l’était ton père ! »

« Eh ! », s’exclama Damien, qui se plaça entre le Trident et Agathe.

« Dégage de là, Fourrier ! », lança Fabien. « Un vrai fouineur… comme son père. Toujours à s’occuper de ce qui ne le regarde pas ! »

« Enflure ! »

Damien s’élança sur Fabien, bouillonnant de rage. Quentin et Alexis repoussèrent Damien, qui tomba à terre.

« Rentre chez toi ! Ce qui se passe ici ne te regarde pas », reprit Fabien.

Damien balaya la terre de ses vêtements et ramassa les fleurs, avant de se relever.

« Ça me regarde lorsque vous jetez les fleurs de ma mère », dit-il, d’un ton déterminé.

Agathe lui jeta un regard interrogateur, et le Trident fit de même.

« Les fleurs de ta mère, hein ? »

« Oui. J’étais en train de les déposer sur sa tombe lorsqu’Agathe les a enlevées. »

Le Trident se retourna alors vers Agathe qui masqua sa surprise, sous un ton dédaigneux.

« Ben oui. Qui a envie de voir le cimetière de nos ancêtres empesté par l’odeur de ces immondes fleurs ? »

Le Trident se mit à rire.

« Je savais bien que ma fiancée ne se mélangeait pas avec les algues du lac. », dit Fabien, qui passa son bras autour d’Agathe.

Le Trident partit, emmenant Agathe avec eux. Mais, celle-ci tourna la tête vers Damien, sans dire un mot. Son regard s’était atténué et émettait de la gratitude. Damien les regarda partir, les fleurs toujours en main.

*****

Les trois jeunes garçons du Trident avaient l’habitude d’arpenter tous les lieux ensemble. Fabien Lacour et Quentin Montaisson étaient tous les deux en classe de terminale au lycée de Boidelou, mais ils étaient souvent rejoints par Alexis Lacour qui venait leur prêter main forte. Inséparables depuis tout petits, les trois jeunes étaient proches comme les doigts de la main et étaient redoutés par tous les habitants du lac.

Dans les couloirs du lycée, Damien attendit la première occasion où Fabien se trouvait seul, sans l’appui de ses deux complices.

Il s’approcha de lui par derrière et lui attrapa le bras qu’il remonta dans son dos, le forçant à se mettre à genoux. Surpris, Fabien réagit trop tard, et ne réussit pas à se débattre.

« Tu fais moins le malin sans tes deux sbires, hein ? », dit Damien, satisfait de s’être emparé du contrôle.

« Lâche-moi, petit con, où tu vas le regretter », susurra Fabien, entre ses dents.

Damien leva un peu plus le bras de Fabien qui émit une grimace de douleur. Adrien, aperçut la scène de loin, mais n’eut pas le temps d’intervenir.

« C’est toi qui va regretter d’avoir fait du mal à Laura et à tous les autres… » Damien émit une pause. « Tu n’es même pas capable de prendre soin de ta soi-disant fiancée. »

Kévin débarqua et projeta violemment Damien quelques mètres plus loin, libérant Fabien. Kévin s’approcha alors de Damien qui se releva, tenant son épaule de l’autre main.

« Je les ai vus », dit Damien, la haine dans les yeux. C’est lui, Alexis et Quentin qui sont responsables de ce qui est arrivé à Laura. Comment tu peux le défendre après ce qu’il a fait ? »

« Parce que c’est mon frère », répondit simplement Kévin.

*****

Ce soir-là, Adrien alla frapper à la porte de Laura Zorek, qui vint lui ouvrir.

« Salut », dit-il.

« Oh, salut », répondit Laura, surprise. « Je voulais justement te parler… On m’a dit ce que tu avais fait pour moi. Merci ».

« C’est normal », répondit Adrien.

« Pas pour cette ville », rétorqua-t-elle.

« Ouais, ben je suis content que ça aille mieux ».

« Ouais, on peut dire ça comme ça », répondit-elle. « Même si je sais ce que je suis censée faire maintenant, ce n’est pas si facile de laisser mon ancienne vie derrière moi… »

« Tu lui en veux ? », sortit brusquement Adrien.

« A qui ? »

« A celui qui t’as mordue… Celui qui t’as privé de ton ancienne vie sans te demander ton avis. »

« Au début oui. Je le haïssais d’avoir fait de moi un monstre que mon père n’osera jamais plus regarder dans les yeux. » Elle marqua une pause. « Mais, depuis j’ai réalisé une chose… Etre un loup-garou ne change pas qui je suis au fond de moi, et n’a pas à redéfinir ma vie. »

Adrien sourit. Il réalisa qu’il s’était en réalité adressé cette question à lui-même, cherchant à trouver la paix intérieure. Il en avait voulu toutes ces années à son père de l’avoir fait déménager sans le consulter sur ce qu’il voudrait faire. Mais, Laura venait de lui faire prendre conscience que de déménager n’avait pas à redéfinir sa vie non plus. Certaines choses arrivent dans la vie qui sont hors de notre contrôle, mais c’est la façon de les aborder qui témoigne de qui on est.

Il remercia Laura et partit. Laura referma la porte et se rendit dans sa chambre. M. Zorek sortit de la pièce d’à côté, sous le choc de ce qu’il venait d’entendre.

*****

Adrien rentra chez lui et alla voir son père. Sans rien dire, il le prit dans ses bras.

« Je suis désolé. On déménagera à la fin de l’année, si c’est ce que tu veux faire », dit-il.

Surpris, Philip le regarda étrangement, mais sourit, soulagé que son fils lui parle à nouveau.

« Je suis désolé aussi », dit Philip. « J’aurais dû t’en parler avant de prendre ma décision. On va voir comment se passe la fin de l’année, et on avisera. D’accord ? »

« D’accord », dit Adrien, en souriant.

« Mais, tu dois me promettre que tu va être prudent. Et préviens-moi si tu sors… Je ne veux pas avoir à me réveiller au milieu de la nuit et me demander où tu es. »

« Je te le promets. D’ailleurs, en parlant de sortie, je comptais aller faire un tour au Centre de Convalescence, là… »

« Ok. Mais, ne rentre pas trop tard. »

« Non, j’en n’ai pas pour longtemps. »

*****

Adrien passa par le garage dans lequel il attrapa un sac, puis il se rendit au Centre de Convalescence.

Mme Noma fut surprise de le voir arriver si tard.

« Bonsoir Adrien. Qu’est-ce qui t’amène à une heure pareille ? »

« Bonsoir. Je me demandais si je pouvais voir Sarah. Je lui ai amené quelque chose », dit Adrien, qui montra son sac. »

Mme Noma sourit.

« Elle est dans le salon. »

Adrien marcha jusqu’au salon, où il trouva Sarah assise dans un fauteuil en train de dessiner le feu de cheminée.

« Salut », dit Adrien. « Je sais que j’ai un peu de retard, mais joyeux anniversaire. »

Il lui tendit le sac qu’elle attrapa, les yeux remplis de curiosité. Elle en sortit un chevalet en bois. Son visage s’illumina.

« Comme ça, ce sera plus pratique pour dessiner », dit-il, en l’aidant à l’installer.

Sarah sourit.

« Merci. »

Adrien souhaita une bonne fin de soirée à Sarah, puis il quitta le Centre. Heureux que son cadeau ait plu, il leva la tête et regarda tout autour de lui, les arbres qui l’entouraient.

Il tourna la tête vers la gauche et aperçut la route principale de la ville qui délimitait les habitants de la colline de ceux du lac.

Il s’arrêta un instant, surpris. Il venait de réaliser pour la première fois que le Centre de Convalescence se trouvait du côté de la colline.