« Boidelou : la lignée des lacour », Chapitre 11 – La LTLG   

Chapitre 11 – La LTLG

Adrien et Philip recommencèrent à prendre leurs petits déjeuners ensemble, et l’ambiance chez les Gautier redevint rapidement comme avant.

Alors qu’ils buvaient leur tasse de café, quelqu’un frappa à la porte. Philip se leva pour aller ouvrir. Le Shérif se tenait à un mètre de la porte, souhaitant clairement se trouver ailleurs.

« Bonjour », dit Philip, invitant le Shérif à rentrer.

Jérôme Fourrier déclina l’invitation.

« Ça ne va pas prendre longtemps. Je voulais seulement vous signaler que l’affaire sur votre agression était close. Bonne journée. »

Le Shérif tourna les talons et s’apprêta à repartir. Philip sortit et le suivit dans la rue. 

« Eh ! Comment ça l’affaire est close ?! Est-ce qu’on a trouvé qui c’était ? »

« Hum… c’était le Maire. Il a confessé hier soir vous avoir drogué. »

« Laura… », dit doucement Philip. « C’est pour cela qu’elle s’est faite attaquer… »

« Ouais », reprit le Shérif, en crachant par terre, avant de repartir.

« Attendez. C’est tout ? »

« Deux agressions en l’espace de quelques semaines, c’est déjà pas mal. Je ne sais pas ce qu’il vous faut. »

« Non, c’est pas ce que je voulais dire. Que va-t-il advenir des coupables ? »

Las de toutes ces questions, le Shérif soupira avant de répondre.

« Monsieur Zorek a démissionné de son poste de Maire et a décidé d’abandonner les charges pour l’agression de sa fille. L’affaire est close, Gautier. Soyez content que tout se soit bien terminé pour vous et pensez à autre chose. »

Interloqué, Philip resta quelques minutes dehors à absorber ce qu’il venait d’entendre, tandis que le Shérif rentrait chez lui.

*****

Adrien profita de sa journée de repos pour aller faire quelques courses en ville. Très vite, il réalisa que la ville était encore plus calme que d’habitude. Il entra dans le Cafury, qui semblait désert, et s’approcha du comptoir.

« Salut Adrien », dit le barman, en essuyant quelques verres. « Comme d’habitude ? »

Adrien acquiesça.

« Salut Mat », répondit-il en s’asseyant. « Tu sais ce qui se passe aujourd’hui ? On dirait que la ville s’est évaporée. »

« Ouais, c’est le Défi de la colline, aujourd’hui. T’as dû en entendre parler… c’est un challenge entre les habitants de la colline. »

Le barman servit un verre à Adrien qui en but une gorgée.

« Ah oui », se souvint Adrien. « Je ne savais pas que c’était aujourd’hui. Mais, ça n’explique pas pourquoi l’autre moitié de la ville s’est volatilisée. »

« C’est l’histoire avec le Maire qui a chamboulé tout le monde. Zorek… qui l’aurait crû capable de faire une chose pareille… A ce propos, comment va ton père ? »

« Ça va », répondit Adrien.

« Tant mieux. »

Le barman se servit un verre qu’il engloutit d’une traite.

« J’en ai vu des choses bizarres dans cette ville, mais je dois t’avouer que ça, c’est une première… » Il se servit un deuxième verre qu’il absorba aussi vite que le premier. « Les gens ne savent pas trop comment réagir, et ils ne savent plus à qui faire confiance. Mais, dans quelques jours, tout rentrera dans l’ordre, tu verras. »

« Ouais, tu dois avoir raison. A la prochaine Mat. »

Adrien sortit du Cafury et rentra chez lui. Sur les marches de sa maison, Damien, complètement déboussolé, l’y attendait.

« Salut Damien », commença Adrien.

Damien se leva d’un bond et d’un ton grave, il implora Adrien.

« Adrien. J’ai besoin de ton aide. »

Adrien maintint ses distances.

« Tu ne m’adresses plus la parole du jour au lendemain, sans m’expliquer ce qui se passe, et la première chose que tu me dis, c’est que tu as besoin de mon aide ?! »

Adrien contourna Damien et s’avança vers la porte de sa maison.

« Adrien ! Je suis désolé mec. Je vais tout t’expliquer, mais s’il te plaît, aide-moi. C’est Valentine… elle a disparu. »

Adrien s’arrêta, et se tourna vers Damien. Il put lire le désespoir dans ses yeux.

« Tu as vérifié qu’elle n’essayait pas juste de t’éviter et qu’elle n’était pas chez une copine ? »

Damien acquiesça.

« J’ai appelé toutes les personnes qu’elle connaît, personne ne sait où elle est. » Il marqua une pause. « Adrien. J’ai vraiment peur. S’il lui est arrivé quelque chose… »

Adrien marcha vers son ami.

« Damien, calme-toi. Je suis sûr que tout va bien. » Il posa sa main sur l’épaule de Damien. « On va la retrouver. »

*****

La nuit était tombée, et les deux garçons se mirent à arpenter les lieux préférés de Valentine, aidés de leurs lampes de poche. Damien tremblait, et Adrien tentait de maintenir une attitude positive pour son ami. 

« Elle a probablement juste voulu s’éloigner un peu de ses soucis pour un soir, ça nous arrive à tous. »

« Oui, mais elle est plus fragile que les autres. Elle ne peut pas se permettre de sortir comme bon lui semble. »

Ils marchèrent pendant une heure, d’un endroit à l’autre, sans succès.

« Le cimetière », dit Damien. « Elle y est peut-être. »

Ils s’y rendirent, leur vitesse s’accélérant à chaque pas. Adrien suivit Damien jusqu’à la tombe de sa mère. Valentine ne s’y trouvait pas.

« Adrien, tu m’as demandé pourquoi je voulais être tranquille ces derniers temps. C’était pour ça », dit Damien d’une petite voix, en montrant la tombe. « Lorsque j’ai vu Laura sur ton canapé, mourante… ça m’a rappelé des choses que j’essaye d’oublier. » Il versa une larme. « Ma mère est morte mordue par un loup-garou alors qu’elle était enceinte de ma sœur. » Il se leva et tourna le dos à Adrien. « Valentine est restée à l’hôpital pendant des mois après ça, et mon père n’est pas venu la voir une seule fois. C’est à moi de m’occuper d’elle, tu comprends ? »

Adrien chercha les mots pour réconforter son ami. A ce moment-là, il aperçut la louve blanche au loin, qui lui faisait signe de la suivre.

« On ne peut pas abandonner maintenant », dit Adrien, marchant vers la louve.

Ne sachant plus où aller, Damien rejoignit Adrien sans se poser de questions. En suivant la louve, Adrien se retrouva devant le lycée.

« Pourquoi tu m’as amené ici ? Qu’est-ce qu’elle viendrait y faire ? », demanda Damien, étonné.

« On a cherché tous les endroits logiques. Il ne reste plus qu’ici et la forêt. Ça ne coûte rien de vérifier. »

« Ouais, ok. Mais, c’est fermé, tu comptes rentrer comment ? »

Adrien réfléchit un instant puis aperçut la louve se diriger sur le côté de l’établissement.

« L’entrée du personnel de cantine », comprit Adrien, qui exprima sa réalisation à voix haute.

« Pas bête. »

Les deux garçons se rendirent vers la porte qui s’ouvrit d’un simple mouvement de poignée. Ils se précipitèrent à l’intérieur et arpentèrent les couloirs.

Damien était très nerveux et marchait frénétiquement. Soudain ils entendirent un bruit provenant de la bibliothèque. Ils empruntèrent l’escalier qui y menait et alors qu’ils se rapprochaient, ils purent distinguer plusieurs voix.

Alors qu’il s’apprêtait à crier le nom de sa sœur, Adrien fit mine à Damien de ne pas faire de bruit pour ne pas être repérés. Damien hocha la tête. Ils firent quelques pas en silence et restèrent dans la pénombre de la pièce. La surprise envahit leurs deux visages lorsqu’ils assistèrent au spectacle qui se déroulait à l’étage inférieur de la bibliothèque.

Un groupe de jeunes de l’âge de Valentine se trouvaient assis en cercle, tous portant des vêtements noirs sur lequel était accroché un badge portant les initiales « LTLG ».

Damien aperçut Valentine au milieu du cercle et fit un pas en avant de joie, mais Adrien le retint. Il voulait savoir ce qui se passait.

Valentine était la seule debout. Tous les yeux étaient tournés vers elle. Elle était le centre de l’attention et elle en était bien consciente.

« Le temps est arrivé. L’élixir de transformation est enfin prêt. »

Elle montra un tube à essai rempli d’un liquide verdâtre au reste de ses camarades qui émirent tous un « whooa » admiratif.

« Quand est-ce qu’on peut le tester ? », demanda un jeune garçon, qui avait du mal à contenir son impatience.

« Très bientôt. », reprit Valentine. « Il ne nous manque qu’un seul élément, et ce n’est pas le plus facile à obtenir. Mais, j’ai déjà quelques pistes. »

« Le sang d’un loup-garou », murmura une jeune fille, dont les yeux pétillaient d’excitation.

Adrien et Damien s’échangèrent un regard d’effroi alors qu’ils comprirent ce qui se tramait dans la pièce. Ce groupe de jeunes adolescents pensaient avoir mis au point une potion pour se métamorphoser en loup-garou.

Alors qu’Adrien essayait d’absorber toutes ces nouvelles informations, Damien s’élança à la barrière et s’écria en direction des jeunes.

« Ça va pas la tête ?! Vous êtes tous cinglés ou quoi ?! La transformation en loup-garou n’est pas un jeu ! »

Toutes les têtes se relevèrent en direction de Damien.

« Damien ?! », s’exclama Valentine, surprise.

Damien descendit les marches, suivi d’Adrien. Les jeunes commencèrent à se relever, confus, se regardant les uns les autres, afin de savoir quelle était la marche à suivre.

« Qu’est-ce que tu fais là ? », demanda Valentine, dont la surprise avait fait place à de l’énervement.

« Apparemment, t’empêcher de faire n’importe quoi ! Viens ! On rentre à la maison. Tu t’es assez amusée pour la soirée. »

Damien agrippa le bras de Valentine qui le repoussa violemment.

« Non ! Je ne suis plus une petite fille. Tu n’as pas à me dire ce que je dois faire. Tu n’es pas mon père. »

« Ouais, ben quelqu’un a bien besoin de jouer le rôle du père ici. Tu ranges tes affaires et on y va. On va avoir une petite conversation toi et moi en rentrant à la maison. »

« Je te déteste ! », cria-t-elle, entre ses dents.

N’ayant pas d’autres alternatives, elle ramassa son sac, et suivit Damien, à contrecœur, sous les regards de ses camarades, déboussolés. Ces derniers rentrèrent à leur tour chez eux, accompagnés d’Adrien.

A leur arrivée chez eux, Valentine ne laissa pas son frère lui dire deux mots. Elle courut s’enfermer dans sa chambre, tandis que Damien restait assis sur le canapé du salon, les yeux remplis de colère et de larmes.

*****

Le lendemain, Valentine continua le traitement de silence envers son frère. Damien n’avait rien dit à son père, voulant laisser à sa sœur le temps de réaliser son erreur elle-même.

Il se rendit en cours et retrouva Adrien. Les deux jeunes garçons passèrent la matinée en silence, ne sachant pas trop par où commencer. Ce n’est qu’au déjeuner, que Damien se décida enfin à briser la glace.

« Merci, au fait… de m’avoir aidé hier. T’es vraiment un pote. »

« C’est normal. »

« Ouais… Je ne sais pas ce qui lui passe par la tête des fois. Comme si une potion pouvait résoudre tous ses problèmes. C’est bien une fille, ça. »

Adrien sourit.

« Au fait, tu sais ce que ça veut dire ‘LTLG’ ? », demanda Damien.

« Ouais, apparemment c’est pour « Ligue pour la transformation en loup-garou. »

« Ah ! Je croyais que c’était pour ‘La troupe des larmoyantes gourdes’. »

Ils se mirent à rire et finirent leur déjeuner dans la bonne humeur.

*****

Ce soir-là, Damien se rendit au Cafury avec Adrien. Profitant de l’absence de son frère, Valentine sortit de sa chambre et aperçut son père dans le salon. Elle passa la tête par la porte et réalisa qu’il s’était endormi sur le canapé, comme à son habitude, une bouteille de whisky vide à côté de lui.

Elle s’avança et ôta le verre de sa main qu’elle posa sur le guéridon. Elle attrapa alors une petite couverture et en recouvrit son père.

Elle se rendit ensuite dans la cuisine et ouvrit un placard dont elle sortit une boîte. Elle en retira une dizaine de médicaments de formes et de couleurs différentes qu’elle avala un à un avec un verre d’eau.

Elle passa ensuite dans la salle de bain et recouvrit son visage pâle d’une grande couche de fonds de teint. Elle se regarda quelques minutes devant la glace, prit son inspiration et se força à sourire.

Elle attrapa ensuite une veste et sortit de la maison pour se rendre à Pile ou Face. Arrivée là-bas, elle salua le vigil et lança la pièce qui atterrit sur « face ». Satisfaite, elle poussa la porte sombre et s’avança vers une petite table où se trouvait le Trident. Elle s’assit à leur table, le sourire aux lèvres. Elle se pencha vers eux avec assurance et leur murmura à l’oreille.

« Quel est votre prix ? »