« Boidelou : la lignée des lacour », Chapitre 17 – La Bataille des Bois   

Chapitre 17 – La Bataille des Bois

« On va la retrouver, Damien. »

Adrien se trouvait chez les Fourrier. Damien l’avait appelé suite à la disparition de Valentine, après avoir contacté son père qui se trouvait alors en ville. Le Shérif avait immédiatement donné l’alerte, et les habitants du lac s’étaient réunis autour de lui pour apporter leur aide, tous soucieux de retrouver Valentine le plus rapidement possible.

N’ayant pas la patience d’attendre le retour de son père, Damien s’était élancé dans la forêt, avec Adrien, persuadé que c’était là où sa sœur se trouvait.

Armé de sa lampe de poche, et d’un pas rapide, Damien marchait frénétiquement dans la forêt, criant du fond de ses poumons pour appeler sa sœur.

« Vaaaleeeentiiine… »

Damien poussa d’un mouvement sec une branche qui vint lui griffer le visage. Le sang se mit à couler sur sa joue, mais cela ne le freina point. Il poursuivit ses recherches, plus déterminé que jamais.

Il accéléra peu à peu le pas, à mesure que l’angoisse s’amplifiait dans son ventre. Tout à coup, sa lampe de poche éclaira un corps étendu au loin.

Il se mit à courir en sa direction, Adrien tentant tant bien que mal de le suivre. Arrivé à niveau du corps, Damien se laissa tomber sur ses genoux et se mit à hurler. Valentine était étendue devant lui, les yeux encore ouverts, mais le corps inerte.

« Nooonnn ! Valentine ! »

Damien souleva la tête de sa sœur et la déposa délicatement sur ses jambes. Il se mit à lui caresser les cheveux, d’un geste fraternel.

« Ça va aller, maintenant. Je suis là… »

Adrien s’approcha, et constata avec horreur le corps sans vie de Valentine. Il posa sa main sur l’épaule de Damien, mais ne trouva pas les mots pour réconforter son ami.

Damien passa la main sur le visage de Valentine et lui ferma les yeux, avant de s’effondrer en larmes. Il remarqua alors l’élastique autour du bras de Valentine et regarda autour. Il aperçut alors la seringue et il se leva d’un bond, la haine dans les yeux.

« Ils vont payer », dit-il, entre ses dents.

« Damien ! Ne fais pas n’importe quoi. On ne sait pas ce qui s’est passé… »

« Tu te souviens aussi bien que moi de la réunion de la LTLG. Valentine a dit qu’elle avait besoin du sang d’un loup-garou pour finir ce qu’elle faisait. Et on dirait qu’elle en a trouvé un ! »

Adrien ne savait pas quoi répondre. Il n’avait jamais vu Damien dans un tel état, et il sentait que quoi qu’il dise, cela ne changerait pas la détermination de son ami.

Damien se baissa, retira l’élastique du bras de sa sœur, puis la souleva pour la porter dans ses bras. Adrien le suivit, lui éclairant le chemin.

*****

Lorsque les habitants du lac virent arriver Damien tenant Valentine à bouts de bras, M. Fourrier se précipita vers eux.

« Valentine ! Ma petite fille… Nooooon… » La tristesse fit rapidement place à de la colère. « Qu’est-ce qui s’est passé ? Qui lui a fait ça ? » 

« La colline », répondit Damien, d’un ton sec.

« Non, ce n’est pas ce qui s’est passé », essaya d’intervenir Adrien. « Damien, ne fais rien que tu vas regretter. Damien ! »

Mais, personne ne l’écouta. Aveuglés par le chagrin et la haine, ils n’avaient tous qu’une idée en tête… Se venger.

Damien déposa le corps de Valentine sur le lit de sa chambre et se rendit dans son garage. Il en ressortit avec des pistolets tranquillisants qu’il distribua aux habitants du lac rassemblés devant sa maison. Le Shérif ressortit à son tour, armé de son fusil. Et ils s’embarquèrent tous dans la forêt.

Adrien se posta devant Damien, qui le poussa violemment.

« T’es soit avec nous, soit avec eux. »

Ne parvenant pas à raisonner son ami, Adrien rejoignit son père, qui avait également assisté à la scène.

« On ne peut pas les laisser faire », dit Adrien. « Il va y avoir un vrai massacre ! »

Philip réfléchit quelques secondes puis se précipita à l’intérieur de sa maison. Il en ressortit avec sa mallette de secours. Adrien s’apprêta à s’élancer dans la forêt, mais son père l’interpela.

« Où est-ce que tu crois aller comme ça ? C’est bien trop dangereux. Reste ici ! », ordonna Philip, d’une voix autoritaire qu’Adrien n’avait jamais entendue auparavant.

« Mais… Je sais où ils vont. Tu as besoin de moi pour les trouver. »

« Non. C’est pas un jeu, Adrien. Je suis capable de les trouver tout seul. »

Interloqué, Adrien resta immobile tandis que son père pénétrait dans la forêt. Mais, il n’était pas prêt de rester là à rien faire. Il se rendit dans le garage des Fourrier et en attrapa quelques objets qu’il mit dans un sac, avant de rejoindre lui aussi la forêt.

*****

Le Shérif se trouvait devant les habitations de la colline. Il tira un coup de feu en l’air pour signaler sa présence. L’instant qui suivit, un loup bondit devant lui et se changea en M. Lacour.

« Qu’est-ce qui t’amène, Jérôme ? Tu sais bien que les lois de la ville ne te protègent pas ici. »

Le Shérif brandit son fusil et le pointa sur M. Lacour.

« Je crois que c’est toi qui as besoin de protection cette fois, Lacour. Où sont tes crapules de fils ? »

En un mouvement de bras, M. Lacour désarma le Shérif et le projeta au sol. Il émit un sourire narquois. Soudain, ses yeux se mirent à rouler et il tomba au sol, une fléchette dans le dos.

Damien baissa son arme. Il s’approcha et aida son père à se relever. Alexis et Fabien apparurent alors sur le pas de la porte, en compagnie de Quentin. A la vue de M. Lacour, étendu au sol, ils se changèrent en loups et s’élancèrent sur les Fourrier.

Très vite, les habitants du lac les rejoignirent et leur prêtèrent main forte. Le reste des habitants de la colline sortirent peu à peu de leurs maisons et se changèrent à leur tour en loups. Les fléchettes et les coups de griffes se mirent à voler des deux côtés.

Chloé et Kévin arrivèrent peu après. Kévin commença à s’élancer vers la bataille, mais le bras de Chloé le retint.

« Qu’est-ce que tu fais ? Lâche-moi », se débattit-il, prêt à se joindre à l’action.

« Ce n’est pas notre combat, Kévin. »

Kévin s’arrêta un instant pour regarder la scène qui se déroulait sous ses yeux. Il y avait une telle violence des deux côtés, qu’il n’arrivait pas à discerner qui menait la bataille.

Il aperçut ses frères, et voulut leur prêter main forte. Mais, lorsqu’il tourna la tête vers Chloé, il réalisa qu’elle était effrayée. Kévin ne l’avait jamais vue si vulnérable et son attitude changea. Désormais, l’idée de rejoindre ses frères n’était plus assez forte comparée à son désir de la protéger.

Kévin n’eut pas le temps de réfléchir à son prochain mouvement, qu’une fléchette lui frôla la joue, l’entaillant au passage, avant de s’écraser sur l’arbre derrière eux. Kévin attrapa la main de Chloé et courut pour la conduire hors de portée des tirs.

Adrien arriva ensuite au milieu de la forêt et il aperçut son père qui slalomait entre les duels afin d’aider les blessés. Humains et loups-garous allaient et venaient de partout et Adrien ne savait pas par où commencer. Il retint sa respiration. Des corps tombaient de part et d’autre de la forêt.

Adrien s’avança et tenta de séparer des combats, mais en vain. Dans ses tentatives, il reçut des coups des deux côtés, et se retrouva projeté violemment, à maintes reprises, contre des arbres.

Animé par la rage, M. Fourrier brandissait son fusil sur tous les loups qu’il voyait, et les coups de feu partaient dans tous les sens. Imprégné d’alcool, il finit par se prendre les pieds dans une branche et tomba sur le sol. Sa tête heurta une pierre et il perdit connaissance, le sang coulant de son front.

Damien, quant à lui, était plus éveillé que jamais. Il avait déjà endormi plusieurs loups-garous à l’aide de son pistolet tranquillisant et ne comptait pas s’arrêter là.

Cependant, content de lui, il baissa sa garde quelques minutes et ne vit pas un vieux loup noir surgir devant lui. Surpris, Damien perdit l’équilibre, et son pistolet tomba à terre. Il le chercha des mains, tandis que le loup s’approchait dangereusement de lui. Il le trouva enfin, mais n’eut pas le temps de le brandir devant lui que le loup s’arrêta net en chemin.

Une louve noire s’était interceptée et se trouvait désormais entre Damien et le vieux loup. Ce dernier montra ses crocs et fit signe à la louve de le laisser passer. Mais, celle-ci montra ses crocs à son tour, lui indiquant qu’elle n’était pas prête de bouger. Le vieux loup s’élança alors en avant et la louve noire fit de même.

Ils se retrouvèrent à mi-chemin, dans les airs, et ils se lancèrent dans un combat forcené, ne prêtant plus attention à Damien. Ce dernier se dépêcha de ramasser son arme et s’éloigna.

Il chercha son père des yeux, et se retrouva encerclé par trois loups. Il leva son pistolet et envoya une fléchette dans un loup blanc qui s’écroula au sol. Les deux autres loups bondirent sur Damien qui tenta de les repousser.

Il attrapa son pistolet qu’il plaça entre les crocs d’un des loups. Puis d’un coup de pied, il le repoussa. Le troisième loup s’apprêta à s’élancer sur Damien, mais s’écrasa sous le poids d’Adrien qui avait débarqué et s’était jeté sur lui.

Damien envoya un signe de tête à Adrien, le remerciant du soutien, et se protégea du deuxième loup qui était revenu à la charge.

Adrien ramassa une branche d’arbre et essaya de maintenir le loup éloigné. Mais, le loup n’était pas prêt d’abandonner le combat. Il bondit sur Adrien qui lâcha la branche sur le coup.

A plat ventre, Adrien chercha une arme des mains. Il vit alors le corps du loup tomber à côté de lui, assommé par Damien qui avait réussi à dominer le deuxième loup, en corps à corps.

Adrien sourit à Damien, et se mit à la recherche des autres. Il aperçut alors Sarah, assise, le dos appuyé contre un arbre. Il bondit en avant et s’agenouilla à ses côtés. Sarah se tenait la jambe de douleur. Elle avait reçu un coup et présentait une large plaie.

Adrien la prit dans ses bras et la porta hors de la zone de combat. Alors qu’il s’apprêtait à retourner dans la forêt, elle l’agrippa.

« Je reviens », dit Adrien. « Il faut mettre un terme à tout ça. »

Sitôt de retour dans la forêt, un loup bondit sur lui. Non armé, Adrien tenta de le repousser de son bras. Mais, le loup était trop fort, et Adrien tomba en arrière. Il crissa les dents de douleur.

Il se releva alors d’un air résolu. Il ôta rapidement son sac à dos et en ressortit une fusée de détresse.

« Ça suffit ! », hurla-t-il.

Mais, personne ne se retourna. Il brandit alors son bras en l’air. Tandis qu’il appuyait sur la détente, Adrien fut propulsé vers le sol par un loup. Le coup partit. Un jet de lumière se projeta sur un arbre, accompagné de petites étincelles.

Sonné, Adrien mit quelques secondes à revenir à lui. Lorsqu’il releva la tête, il réalisa que le feuillage d’un arbre était en feu et que les flammes se propageaient rapidement. 

« Tous aux abris ! », hurla-t-il. « Y’a le feu ! »

Cette fois-ci, les regards se tournèrent vers Adrien. De la fumée commença à s’élever vers le ciel, et des branches s’écrasèrent sur le sol. Les habitants, se mirent à courir dans tous les sens.

Habitué des situations d’urgence, M. Zorek, intervint.

« Calmez-vous ! Si on rejoint le haut de la colline, on sera en sécurité. » Il montra la direction de la main. « Attrapez les blessés, et ne trainons pas. »

II aida à marcher l’un des hommes qui se trouvait à côté de lui, et il courut vers la colline, montrant la voie. Très vite, les habitants de Boidelou l’imitèrent et le rejoignirent sur la colline.

*****

Damien était à terre et essayait de recouvrer ses esprits. Il aperçut la louve noire s’approcher de lui, et il chercha un bout de bois de la main. La patte noire se changea alors en main, tendue devant ses yeux.

Surpris, il releva la tête. Agathe se tenait devant lui, le regard inquiet. Damien attrapa sa main, et se releva. Mais, il resta immobile à regarder les corps qui l’entouraient.

« Qu’est-ce que j’ai fait ? », murmura-t-il.

« Ce n’est pas le moment, Damien », dit Agathe, qui essayait de le faire bouger, en lui tirant la manche.

« Laisse-moi », rétorqua Damien, en repoussant son bras. « Je ne mérite pas de vivre ! Je n’ai pas su protéger Valentine. »

« Ce n’était pas de ta faute, Damien. Ta sœur n’aurait pas voulu que tu meurs à cause d’elle. »

Damien releva la tête et aperçut les flammes qui se rapprochaient à grande vitesse. Il ouvrit la bouche d’horreur, puis suivit Agathe hors de la forêt.

Philip ne rejoignit pas la colline directement. Il maintint un bout de son t-shirt devant son visage, et s’assura d’abord que tous les blessés étaient conduits hors de danger.

Dans la zone de sûreté, les loups retrouvèrent leur forme humaine. Ceux qui avaient encore de la force, redescendirent dans la forêt aider les autres.

Chloé et Kévin se positionnèrent à la limite de la forêt et aidèrent les habitants, déboussolés et apeurés, à grimper sur la colline.

Alexis, ayant perdu des yeux Fabien, arpenta les lieux, à sa recherche. Il l’aperçut, allongé sur le sol, une large branche d’arbre le recouvrant. Alexis tenta de la soulever, mais n’y parvint pas. Il aperçut les flammes qui se rapprochaient, et il chercha des yeux les gens de la colline pour l’aider, mais il était seul. Il pouvait sentir la chaleur des flammes dans son dos, mais il ne pouvait pas abandonner son frère.

Il fléchit les jambes et tenta à nouveau de soulever la branche. Celle-ci bougea. Adrien était arrivé et s’était placé à l’autre bout de la branche. Ensemble, ils parvinrent à la soulever et délivrèrent Fabien, inconscient. Ils se mirent chacun d’un côté, et le portèrent jusqu’à la colline.

Alexis regarda Adrien et, pour la première fois, il n’avait ni mépris, ni moquerie dans les yeux, seulement de la reconnaissance. Il fit un signe de la tête à Adrien pour le remercier, et s’assit à côté de son frère.

Adrien rejoignit son père et reprit enfin son souffle, tandis que les derniers habitants sortaient de la forêt.

Les deux côtés de la ville se retrouvèrent rassemblés pour la première fois sans espace entre eux. Ils s’observèrent en silence, réalisant ce qui venait de se passer. Comment avaient-ils pu en arriver là ? Leur haine mutuelle avait causé tant de maux et de peine, et à quelle fin ? Il fallait que les choses changent, et rapidement.

Epuisés, et à bout de force, ils s’accordèrent pour établir une trêve, dans l’espoir secret que cela marque enfin le début d’une réelle cohabitation entre humains et loups-garous.

*****

Tous assis ou allongés, ils contemplèrent le spectacle fumant qui se déroulait devant eux, consumant sur leur passage les maisons se trouvant au milieu de la forêt.

Les anciens habitants de la colline ne purent masquer leur désarroi à la vue de leurs habitations et de leurs souvenirs qui partaient en cendres, emportant avec eux la division de la ville.

M. Zorek déposa un baiser sur le front de sa fille et se tourna vers eux. Son regard était rempli de sincère compassion, et de profond regret.

« L’essentiel, c’est qu’on soit tous sains et saufs », dit-il, soulagé.

Kévin se retourna alors. Il regarda à gauche, puis à droite, et la peur envahit son visage.

« Quelqu’un a vu Victor ? »