« Boidelou : la lignée des lacour », Chapitre 18 – La lignée des Lacour  

Chapitre 18 – La lignée des Lacour

Kévin se mit à courir dans tous les sens à la recherche de son petit frère. Il fit le tour des rescapés et slaloma entre les corps allongés.

De nombreux habitants touchés par les fléchettes tranquillisantes, se trouvaient encore dans un état inconscient. Mais, il ne trouva aucune trace de Victor.

Kévin se mit alors à descendre la colline, mais Chloé le rattrapa.

« Où tu vas ? C’est trop dangereux ! »

Kévin regarda la forêt devant ses yeux et réalisa qu’elle avait raison. Les flammes avaient atteint la limite de la forêt, et ne semblaient pas y avoir laissé de passage.

Kévin remonta quelques mètres, et repartit de l’autre côté. Chloé l’observa en silence, ne sachant pas où il allait. Kévin courut, et disparut au loin.

Lors d’une de ses expéditions avec Jonas et Victor, Kévin était tombé sur un chemin de la colline, seulement connu d’eux.

Il courut plusieurs minutes avant d’apercevoir Victor, allongé sur le sol. Il avait un air paisible, comme s’il était en train de rêver. Le cœur serré, Kévin s’élança dans sa direction. Il ralentit lorsqu’il arriva devant Victor, marqué par sa pâleur.

Kévin s’agenouilla devant Victor et lui attrapa la main en la soulevant. C’est à ce moment-là que Kévin aperçut la marre de sang autour de Victor, qui s’agrandissait un peu plus chaque seconde.

Kévin se mit frénétiquement à chercher la source, et ses yeux s’arrêtèrent sur le ventre de Victor. Une balle était ancrée dans son abdomen.

Kévin posa instinctivement ses mains sur la plaie et Victor se mit à tousser. Ses yeux s’ouvrirent faiblement, et il aperçut Kévin.

« Kévin… J’ai… j’ai froid », murmura Victor, entre deux tremblements.

Kévin tenta de masquer sa peur. Il augmenta la pression que ses mains exerçaient sur la plaie.

« Tout va bien », mentit-il. « Je vais te sortir de là. »

Kévin tourna la tête, ne voulant pas que son frère le voie pleurer.

« Je n’ai plus peur, Kévin… Je suis prêt. »

« Ne dis pas de bêtises Victor. Tu vas t’en sortir », rétorqua Kévin, en essayant de ravaler ses sanglots.

« Kévin… ». La respiration de Victor se ralentit brusquement. « J’ai… j’ai réussi… » Un sourire se dessina sur son visage. « Je suis un vrai Lacour. »

Les yeux de Victor se fermèrent, le sourire toujours sur ses lèvres. Kévin s’effondra alors en larmes sur son petit frère.

Quelques minutes plus tard, Kévin se releva, la rage dans les yeux, et passa sa manche sur son visage pour sécher ses larmes. Il parcourut le même chemin, en sens inverse, et rejoignit les autres habitants sur la colline.

A la vue de Kévin, les mains couvertes de sang, les habitants comprirent que quelque chose de grave s’était passé. Kévin leva la tête et aperçut Alexis à quelques mètres de lui. Il s’élança en avant et bondit sur lui, ne lui laissant pas le temps de réagir.

« C’est votre faute ! », hurla-t-il. « Toujours à lui mettre la pression… C’est vous qui l’avez tué ! »

Les regards des habitants laissèrent apparaître de l’effroi à l’annonce de la mort de Victor.

Kévin maintint Alexis au sol, et lui envoya son poing au visage. Une fois, puis une autre, puis encore une autre… jusqu’à ce que Chloé intervienne et lui arrête son bras.

Il la regarda, les yeux en pleurs et pleins de rage. Elle prit son poing ensanglanté dans ses mains douces et y déposa un baiser. Kévin se laissa retomber, en pleurant, dans les bras de Chloé qui se refermèrent délicatement autour de lui.

Alexis se mit doucement en position assise. La peau autour de son œil se noircit, tandis que le sang coulait de son nez. Il regarda autour de lui et aperçut les habitants se regrouper autour de Kévin pour lui apporter leur réconfort.

*****

En attendant qu’ils puissent redescendre de la colline, Philip avait administré les premiers soins aux cas les plus graves.

Il leur fallut attendre une demi-heure pour qu’une forte pluie miraculeuse vienne enfin éteindre le feu, frayant ainsi un passage au sein des restes de la forêt.

Une fois l’accès établi, Philip pressa les habitants de l’aider à transporter les blessés jusqu’au Centre de Convalescence.

A la réception de l’appel de Philip, au début de l’affrontement, Mme Noma avait rénové, dans l’urgence, la salle pour accueillir les patients.

Aidée des pensionnaires, elle avait dépoussiéré la pièce, préparé une quinzaine de lits et rassemblé tout le matériel médical qu’elle pouvait trouver.

Les habitants arrivèrent peu à peu et Mme Noma les répartis en fonction de leurs cas de priorité. Philip Gautier enfila une blouse, tendue avec émotion par Mme Noma, sur laquelle on pouvait encore distinctement lire « Dr Noma ».

Il invita les habitants ayant des notions médicales à l’aider en s’occupant des petites blessures, pendant qu’il gérait les cas plus graves. Mlle Montant se porta immédiatement volontaire, et se mit en charge des bandages et des points de suture.

Les débuts furent un peu chaotiques, les habitants souhaitant tous que leurs familles soient soignées en premier, mais très vite, M. Zorek instaura l’ordre, et les habitants s’y plièrent.

Malgré les années qui s’étaient écoulées sans pratiquer la médecine, Philip reprit rapidement la main, et agit comme s’il n’avait jamais arrêté.

L’observant à l’ouvrage, Sylvie Montant était très impressionnée. Entre deux patients, elle s’avança de Philip et lui apporta un coup de main.

« T’es vraiment dans ton élément Philip », sourit-elle. « C’est dommage que tu aies abandonné. »

« Et toi, tu m’avais caché tes talents d’infirmière », rétorqua Philip, amusé, qui lui aussi l’avait observée.

« Je ne pensais pas en avoir besoin un jour », dit-elle, sur un ton redevenu sérieux. « En tout cas, si jamais tu changeais d’avis, les habitants de Boidelou pourraient vraiment bénéficier de te compter parmi eux », continua-t-elle, de sa voix douce et joviale.

« Tous les habitants ? », demanda-t-il, avec un sourire.

Sylvie lui répondit par un clin d’œil, et ils se remirent au travail.

*****

Philip Gautier rejoignit le lit du Shérif Fourrier dont les yeux demeuraient fermés. Damien était assis à côté de lui, inquiet.

« Quand est-ce qu’il va se réveiller ? »

« C’est difficile à dire, Damien. Ton père a reçu un grave choc à la tête, et il se trouve actuellement dans le coma. Il peut se réveiller demain, comme dans un mois, six mois, ou même un an. » Devant le regard effondré de Damien, il posa sa main sur son épaule, en signe de réconfort. « Je suis désolé. »

Damien avait envie de hurler. Il en avait toujours voulu à son père de ne pas être là pour lui et sa sœur alors qu’ils avaient besoin de lui. Mais, en le voyant là, allongé et sans mouvement, il ne souhaitait qu’une chose, c’est qu’il se réveille.

Adrien passa dans le couloir, et l’aperçut. Il s’avança vers son ami, incapable de trouver les mots qui lui redonneraient espoir. Il se contenta de rester à côté de lui, lui laissant savoir qu’il était là s’il avait besoin de lui.

Damien finit par s’endormir sur la chaise, en veillant au chevet de son père. Adrien se releva et partit, afin de le laisser se reposer.

*****

Mlle Montant enroula un bandage autour du poignet foulé de M. Argenteuil. Elle tenta d’entamer la conversation pour détendre l’atmosphère, mais il n’était pas d’humeur et lui fit clairement comprendre.

Mlle Montant n’insista pas. Mme Solmier, qui était assise sur une chaise à côté de lui, envoya à Mlle Montant un regard désolé et sincère, pour s’excuser du comportement de son père, mais n’osa rien dire à haute voix.

Agathe passa voir son grand-père, mais il refusa de la regarder. Elle resta néanmoins dans la pièce, mais garda ses distances.

« Comment tu vas ? », demanda-t-elle, d’une petite voix.

« Comment oses-tu venir te présenter devant moi après t’être publiquement opposée à moi ?! ». Il tourna enfin les yeux vers Agathe, qui tentait de garder la tête haute. « A compter de ce jour, tu n’es plus une Argenteuil. » 

Sans un mot, Agathe rejoignit la porte, et sortit. Une fois dans le couloir, elle se laissa enfin aller, et s’effondra. Appuyée contre le mur, son dos glissa peu à peu, jusqu’à ce qu’elle se retrouve en position assise.

« Il y a des jours où ce serait bien de choisir sa famille, hein ? »

Agathe tourna les yeux, humides, et aperçut Damien. Très vite, elle passa sa manche sur son visage, et sécha ses larmes, ne voulant pas laisser paraître son moment de faiblesse.

« Ne m’en parle pas », répliqua Agathe.

Damien s’approcha.

« Merci, pour tout à l’heure… Je n’étais pas moi-même. » Il baissa la tête. « Après toutes ces années à haïr mon père, je suis devenu comme lui. »

« Qu’est-ce que tu veux dire ? »

« Cela fait tellement longtemps que j’en veux aux habitants de la colline pour ce qui est arrivé à ma mère, que ça m’a rendu aveugle à la détresse de ma sœur », répondit-il, plein de tristesse.

« Ça fait tellement longtemps que j’en veux aux habitants du lac pour ce qui est arrivé à mon père, que je n’ai pas réalisé que c’était lui la victime dans l’affaire », rétorqua Agathe.

Damien sourit. Il réalisa que c’était la première fois qu’il avait trouvé un terrain d’entente avec quelqu’un de la colline, et cela était une première étape. Il fit un signe de tête à Agathe, et s’éloigna.

« A la prochaine, mademoiselle Argenteuil », dit Damien.

« Solmier », le rectifia Agathe. « Je m’appelle Agathe Solmier. »

Damien sourit puis retourna s’asseoir au chevet de son père. Agathe resta assise dans le couloir, remplie d’une joie nouvelle. Elle se repassa ses derniers mots dans sa tête… « Agathe Solmier »… et elle retrouva espoir. Elle était désormais fière de porter ce nom. 

*****

Philip poursuivit sa ronde. Bien qu’il ait déjà livré des mauvaises nouvelles à de nombreux patients et à leurs familles, cela ne rendait pas l’exercice plus facile à ses yeux.

Il réunit les parents de Fabien devant son lit, et adopta son air sérieux et grave. Il entreprit de leur expliquer que dû au choc reçu sur sa colonne vertébrale, Fabien était paralysé des jambes et ne pourrait probablement plus jamais marcher.

M. et Mme Lacour s’effondrèrent dans les bras l’un de l’autre, tandis que Fabien digérait difficilement la nouvelle. Il s’assit sur le bord de son lit, et posa ses pieds à terre. Il tenta de se relever, mais ses jambes ne soutinrent pas son poids, et il s’écroula sur le sol.

Effrayés de voir leur fils si impuissant, M. et Mme Lacour ne bougèrent pas. Philip accourut et l’aida à se remettre sur le lit. Il lança un regard d’incompréhension vers les Lacour, qui tournèrent le dos, avant de partir.

Fabien se mit à hurler, alors qu’il tentait de faire bouger ses orteils de toutes ses forces.

« J’y arriverai. Je marcherai à nouveau. Ne partez pas ! Je vous dis que j’y arriverai. J’y arriverai… ! »

Choqué par leur comportement, Philip essaya de mettre Fabien à l’aise, en lui refaisant son lit, mais Fabien le repoussa de son bras.

« Je peux le faire moi-même ! Je ne suis pas un invalide. Je suis un Lacour ! Vous m’entendez ? Je suis un Lacour ! » Alors que Philip s’éloignait, et qu’il se retrouva seul, il se murmura à lui-même une dernière fois, les yeux dans le vide. « Je suis un Lacour. »

Alexis Lacour avait assisté à la scène de loin. La déception traversa ses yeux au son du verdict et comme ses parents, il tourna les talons. Il rejoignit Quentin Montaisson qui avait une large cicatrice sur la joue. L’effet du tranquillisant ne faisant plus effet, il observait fièrement sa cicatrice.

« Désolé pour Fab », dit-il, en sentant les points de suture sous ses doigts. « C’est moche ce qui lui arrive. »

« Ouais », dit Alexis, en s’asseyant sur le lit de Quentin. « Il faudra faire sans lui », ajouta-t-il, d’une petite voix.

Quentin attrapa Alexis par le cou, et ils se chamaillèrent comme des gamins. Ils retrouvèrent leur insouciance, et c’était comme si Fabien n’avait jamais fait partie du groupe.

Chloé aperçut alors Kévin qui se tenait à un rebord de fenêtre, comme si ce dernier était le seul élément qui le maintenait encore debout.

Il était resté dehors, se sentant incapable de voir ou de parler à l’un des membres de sa famille pour le moment. Il ne pensait qu’à Victor et à Jonas. Les deux piliers de sa famille n’étaient plus là, et il se sentait perdu.

Triste de voir Kévin dans une telle détresse, Chloé s’approcha de lui et glissa ses doigts entre les siens. Ils restèrent quelques minutes en silence, à l’aise l’un avec l’autre.

« Il faudra bien que tu leur parles un jour, Kévin. C’est ta famille », dit Chloé, d’une voix douce.

Kévin leva les yeux vers Chloé, et lui sourit.

« C’est toi ma famille, maintenant. »

*****

Adrien regarda son père installer un plâtre sur la jambe de Sarah. Elle ne pleura pas, et n’émit aucun son de douleur. Adrien lui tenait la main, qu’elle serra très fort.

« C’est tout bon », dit Philip. « Dans quelques semaines, ta jambe sera comme neuve. »

Adrien sourit, soulagé qu’elle n’ait rien eu de grave. Il ajusta son oreiller pour la mettre à l’aise, et lui apporta un verre du jus de fruit qu’elle sirotait à chaque fois qu’il la voyait.

Philip observa son fils, amusé. Il s’excusa auprès de Sarah de lui emprunter Adrien quelques minutes, pour pouvoir lui parler. Adrien suivit son père dans la pièce voisine.

« Je ne pensais pas te revoir un jour dans cette tenue », dit Adrien, ravi.

« Moi non plus, je dois t’avouer », sourit Philip. « Mais, ça m’a fait réfléchir, et je dois avouer que ça m’a manqué de soigner les gens. » Il marqua une pause. « Il est peut-être temps que je reprenne du service. »

Le visage d’Adrien s’illumina.

« Et je pense que Boidelou serait un bon endroit pour commencer… », reprit Philip.

Extatique au son de la nouvelle, Adrien se jeta dans les bras de son père pour le remercier.

« Et puis, j’ai l’impression qu’un nouveau médecin ne serait pas de trop ici », ajouta-t-il, heureux que son fils ait retrouvé le sourire. 

Alors qu’il s’apprêta à retourner voir ses patients, il se tourna vers Adrien.

« Au fait, je voulais te dire… Tu m’as beaucoup impressionné aujourd’hui, Adrien. » Il marqua une pause, de l’émotion dans la voix. « Si ta mère était là, elle serait fière de toi… » Il sourit. « En tout cas, sache que je le suis. »

*****

Adrien retourna auprès de Sarah, et aperçut Chloé à son chevet. Ne souhaitant pas interrompre la réunion familiale, il se posta dans le couloir, en attendant son tour.

Mme Montaisson arriva et jeta un coup d’œil rapide à Sarah avant de tourner les talons. Chloé l’aperçut et s’avança pour l’interpeller.

« Tu vas juste partir comme ça ? », hurla Chloé, indignée. « Tu n’es même pas restée deux minutes pour voir comment elle allait ! »

Mme Montaisson s’approcha de Chloé, et lui fit signe de se montrer un peu plus discrète. Mais, Chloé n’était pas d’humeur à l’écouter déballer d’autres excuses.

« Un petit chèque et une petite visite par-ci, par là… c’est comme ça que t’arrives à dormir la nuit ? »

Mme Montaisson essaya de conduire Chloé dans un endroit plus tranquille, mais Chloé ne bougea pas.

« Je… Elle va bien… Regarde-là. Elle n’a pas besoin de moi », se justifia Mme Montaisson.

« Non, c’est sûr. Et moi non plus. »

Dépitée, Chloé baissa les yeux avant de s’éloigner. Mme Montaisson resta immobile, les larmes aux yeux, tous les regards posés sur elle.

Chloé s’avança vers le lit de Sarah.

« Comment tu te sens ? »

Sarah lui sourit et attrapa sa main.

« Ça va aller, tu vas voir. »

Chloé émit un petit sourire.

« Eh ! C’est moi la grande sœur, ici. C’est à moi de te rassurer, pas le contraire. »

Chloé lui déposa un baiser sur le front avant de repartir. Elle fut rejointe par Kévin qui lui prit la main.

Ils sortirent de la pièce et se retrouvèrent nez à nez avec Adrien. Surpris, les mains de Kévin et Chloé se détachèrent.

Tous les trois mal à l’aise, ils s’observèrent en silence. Adrien réalisa alors qu’il n’éprouvait plus de ressentiment envers eux. Chloé et Kévin traversaient tous les deux une épreuve difficile, et Adrien était content qu’ils ne soient pas seuls dans le processus.

Il se contenta de faire un petit signe de tête pour leur signaler qu’il était ok avec la situation et il retourna dans la salle.

Kévin croisa alors le regard de son père qui lui faisait signe de le rejoindre. Il se trouvait à la sortie, en compagnie de Mme Lacour et d’Alexis.

M. Lacour avait récupéré les clés d’une des demeures qu’il possédait au lac, mais qu’il n’avait jamais habité jusqu’à ce jour.

Kévin soutint le regard de son père pendant de longues minutes, mais ne céda pas. Il se mit à penser à tout ce qu’il avait vécu et à évaluer sa vie… depuis le départ de Jonas, jusqu’à la mort de Victor… et tout devint clair à ses yeux.

Il attrapa la main de Chloé et partit dans la direction opposée à celle de son père. Il était désormais prêt à démarrer une nouvelle lignée de Lacour.

*****

Peu à peu, les habitants rabibochés rentrèrent chez eux, ne laissant que quelques lits encore occupés.

« T’es prête ? », demanda Adrien, à l’intention de Sarah.

Sarah acquiesça. Adrien la prit dans les bras, et la souleva de son lit. Elle passa son bras au-dessus de l’épaule d’Adrien et posa sa tête contre son torse. Adrien monta les marches d’escalier doucement, la maintenant serrée contre lui.

Il avança dans le couloir et poussa la porte de sa chambre. Il entra et la déposa délicatement sur son lit. Puis, il attrapa une chaise et s’assit à côté du lit. Il passa alors le dos de sa main sur le côté du visage de Sarah.

Il s’étonna qu’après tout ce qu’elle avait enduré, sa peau soit restée aussi douce, comme intouchée par les maux de la vie.

Sarah tourna la tête vers Adrien et le regarda dans les yeux.

« Merci », dit-elle, d’une petite voix.

« De quoi ? »

« D’être là. »

Adrien lui sourit et Sarah lui rendit son sourire.

Quelques minutes plus tard, Les yeux d’Adrien commencèrent à se fermer un peu, et il les cligna rapidement afin de se donner un regain d’énergie. Mais, Sarah remarqua qu’il était fatigué, et feignit de l’être elle aussi.

« Je vais me reposer un peu », dit-elle, en baissant lentement ses paupières. « Tu peux rentrer chez toi si tu veux. »

« Je suis déjà chez moi », répondit-il.

Alors qu’il tendait le bras pour attraper sa main, le sourire d’Adrien disparut et fit place à de l’effroi. Sous le tissu déchiré de sa manche, il put clairement discerner une morsure.