« Boidelou : la lignée des lacour », Chapitre 3 – Le règlement officieux   

Chapitre 3 – Le règlement officieux

On pourrait croire qu’avec tous leurs déménagements, les Gautier seraient désormais habitués à démarrer dans un établissement nouveau. Mais il n’en était rien.

Ce matin-là, ils étaient tous les deux très nerveux. Adrien avait peur de ne pas être au même niveau que ses camarades, et Philip redoutait de tomber sur des élèves qui lui feraient regretter d’avoir pris ce poste.

Les deux hommes avaient déjà presque tout vu en matière de premier jour de classe, mais le fait que cette fois-ci ils soient en cours d’année scolaire n’allait en aucun cas faciliter les choses. Tous les élèves allaient être habitués à leurs camarades et à leurs professeurs, exceptés pour les deux Gautier.

Ils quittèrent la maison d’un pas réticent, mais déterminés à survivre cette première journée de classe.

Arrivés près du lycée, ils se souhaitèrent bonne journée, tous les deux conscients qu’il valait mieux qu’ils se fassent le plus discrets possible pour le moment, afin de mieux s’intégrer par la suite.

Philip entra le premier dans l’établissement et se mit en quête du bureau du proviseur. Adrien le suivit, peu de temps après. Tous deux rencontrèrent une jeune femme dans le couloir qui leur indiqua le chemin.

Quelques minutes plus tard, ils ressortirent, une feuille à la main. Philip partit à la recherche de la salle des professeurs et souhaita une bonne journée à Adrien.

*****

Adrien regarda rapidement le papier qu’il tenait dans la main. C’était son emploi du temps. Il allait commencer par le cours de mathématiques avec M. Zorek.

Etant très manuel, Adrien avait des facilités avec tout ce qui touchait à la géométrie, car il arrivait très bien à se le représenter. Il était donc ravi à l’idée de commencer sa semaine ainsi.

Avant de rejoindre la cour où se trouvaient tous les autres étudiants, il décida de repérer où se trouvait sa salle de mathématiques afin de ne pas se faire remarquer d’entrée comme étant le « nouveau ».

Une fois la salle trouvée, il partit s’asseoir sur un muret de la cour, et enfila les écouteurs de son lecteur mp3. Son air occupé lui permit d’observer tranquillement ce qui se passait autour de lui sans avoir l’air d’être complètement perdu.

Cela marcha quelques minutes, tout le monde étant trop plongé dans leurs propres histoires pour s’apercevoir de sa présence. Mais, sa tranquillité fut de courte durée.

Un étudiant l’aperçut, et rapidement toutes les têtes se tournèrent vers Adrien. Il continua d’écouter sa musique, faisant mine de ne pas remarquer tous les regards qui commencèrent à se poser sur lui. Mais, il pouvait percevoir, entre deux morceaux de musique, les chuchotements qui se mirent à fuser.

La sonnerie retentit peu de temps après et Adrien émit un soupir de soulagement.

« Sauvé par le gong », pensa-t-il.

Il rangea rapidement son lecteur de musique et rejoignit les groupes d’étudiants qui s’engouffrèrent dans l’établissement.

*****

Le couloir était rempli d’élèves qui grouillaient dans tous les sens, telle une fourmilière en danger.

Au milieu de la foule, Adrien aperçut Kévin Lacour, le garçon qu’il avait détaché d’un arbre le jour de son arrivée. Rassuré de voir un visage familier, il s’avança pour le saluer.

Mais, Kévin fit mine de ne pas le voir. Adrien aperçut alors l’horloge au-dessus de leurs têtes et réalisa qu’il n’avait pas le temps de traîner dans les couloirs. Il se précipita dans sa salle de classe. A ce moment-là, Kévin tourna la tête et l’observa.

Adrien avança lentement dans la pièce. Elle était divisée en deux côtés clairement distincts. Il se mit à la recherche d’un endroit où s’asseoir.

Il y avait de nombreuses places de libres, mais Adrien savait bien qu’une fois assis, beaucoup de jeunes s’attribuaient cette place pour le reste de l’année. Ne voulant pas commencer du mauvais pied en prenant la place de quelqu’un d’autre, il parcourut donc la salle des yeux à la recherche d’un siège disponible.

Les autres élèves l’observèrent étrangement. Adrien en était déjà à la moitié de la salle et commençait à se demander s’il avait adopté la bonne stratégie. Un signe de la main d’un jeune homme à sa droite le sortit de ses doutes.

Le jeune garçon avait les cheveux très bruns, les yeux marron et fatigués, et portait un bonnet vert foncé sur la tête. Il poussa son sac pour laisser de la place à Adrien, qui ne se laissa pas prier pour s’asseoir. Le jeune homme lui tendit la main.

« Salut, je m’appelle Damien. »

Adrien serra la main de Damien.

« Salut. Adrien. »

Tous deux sortirent les affaires de leurs sacs.

« Fais attention à M. Zorek, il est pas commode », lança Damien, tandis que le professeur entrait dans la salle de classe.

« D’accord, merci. »

« Sinon, c’est quoi ton histoire ? », reprit Damien, qui n’avait pas la langue dans sa poche.

Adrien fut surpris de recevoir une question si directe d’entrée.

« Oui, qu’est-ce qui t’amène ici, à Boidelou ? Ça ne doit pas être la folle animation de la ville. Parce que si c’est ça, désolé, mais tu vas être déçu », sourit Damien à contrecœur.

« Mon père vient remplacer le prof de SVT », répondit Adrien, le plus simplement du monde.

Ravi d’être en présence de quelqu’un qui ait enfin quelque chose à raconter ne concernant pas Boidelou, Damien ne réalisa pas que son engouement pouvait paraître un brin inquisiteur. Mais, Adrien était tellement soulagé d’avoir trouvé une place sans trop se faire remarquer, que cela ne le dérangea pas.

« Il est cool ton père ? », enchaîna Damien. « Parce que la dernière remplaçante qu’on a eu, elle était un peu tarée si tu veux mon avis. Elle parlait aux plantes, en particulier aux géraniums qu’elle appelait ses bébés. C’était du genre… » Il adopta une voix rauque. « Mes petits bébés, comment allez-vous aujourd’hui ? Moi, ça va merci. Vous avez assez de lumière ? »

Tous deux s’esclaffèrent de rire.

« Non, mon père est cool. Tu vas voir… et très normal. »

Pris dans sa conversation, Adrien n’avait pas remarqué que la salle s’était remplie autour de lui et que le professeur de mathématiques s’était installé à son bureau.

Le silence se fit immédiatement. La voix stridente de M. Zorek retentit alors dans la salle.

« Je vois que nous avons un nouvel élève. » Il regarda Adrien, et toutes les têtes suivirent son regard. « Mon garçon, je ne sais pas comment vous êtes habitué à travailler, mais dans ma classe, les choses sont simples. Tout le monde travaille, et en silence. Sinon, c’est la porte. Le rythme est régulier, et nous n’avons pas le temps de nous arrêter pour reprendre tous les points. Alors je vous conseille de vous mettre rapidement à jour ! »

Adrien absorba ces paroles en silence, et soupira intérieurement. Malgré le fait que les mathématiques étaient sa matière préférée, il allait en baver, il le savait.

*****

Le cours passa très rapidement. Adrien avait mal à la main. Il avait rempli deux copies doubles, mais son cerveau s’était arrêté à la première.

Sous son regard perdu, Damien sortit des cours de son classeur et les lui tendit.

« Tiens, c’est les cours depuis le début de l’année. Je m’en sors pas trop mal dans cette matière. Si y’a un truc que tu ne comprends pas, n’hésite pas à me demander. »

« Merci ! » dit Adrien, qui retrouva le sourire.

Lorsque la sonnerie retentit, tout le monde rangea ses affaires et se dirigea vers le cours suivant, le cours d’histoire de Mlle Diale.

Adrien put voir l’enthousiasme de Damien faire place à de l’anxiété.

« Tu n’aimes pas les cours d’histoire ? » demanda Adrien.

« Ce n’est pas tant les cours d’histoire que la prof », murmura Damien, alors qu’ils entraient dans la salle de classe.

« Asseyez-vous tous en silence ! », lança une voix forte, mais un peu enrouée, qui résonna jusqu’au couloir. « Cela est valable aussi pour vous, Monsieur Gautier ! »

Adrien releva la tête au son de son nom et croisa le regard noir et sévère de Mlle Diale.

« Vous êtes sourd, Monsieur Gautier ? »

« Non, Madame. »

« Mademoiselle, je vous prie. Je ne suis pas en âge d’être votre mère. Et allez vous asseoir au premier rang. Je ne mords pas. Enfin, pas trop. »

Elle laissa échapper un petit rire sournois qui fut accompagné par les rires des élèves du côté gauche de la classe.

Adrien tourna la tête vers Damien qui lui lança un regard compatissant, et partit s’asseoir au premier rang, sans dire un mot de plus. Mlle Diale fit quelques pas sur l’estrade, satisfaite de l’effet qu’elle avait eu sur le nouvel élève.

Le cours passa très lentement pour Adrien. Il pouvait sentir que Mlle Diale l’avait déjà dans le collimateur. Mais, l’heure du déjeuner finit par sonner, au grand soulagement d’Adrien.

*****

Il sortit de la classe d’un pas rapide et rempli de soulagement. Il fut rapidement rejoint par Damien.

« T’as faim ? » demanda Damien. « La cantine est par là. »

Adrien suivit Damien et tous deux se mirent à parler des méthodes strictes de Mlle Diale.

Arrivés au réfectoire, Adrien fut immédiatement surpris de voir la disposition des tables. La salle était clairement divisée en deux avec un écart de plusieurs mètres entre les deux.

« C’est le coin des profs ? » demanda Adrien, en pointant une des sections du doigt.

« Euh non, les profs ont leur propre salle », répondit brièvement Damien.

Adrien laissa tomber le sujet. Il était trop occupé à observer le contenu des assiettes de la cantine pour penser à autre chose. Il laissa échapper une moue de dégoût lorsqu’il attrapa une assiette remplie d’une texture mi-blanche, mi-jaune qu’il déposa sur son plateau.

« Au moins y’a des choses qui ne changent pas d’une ville à l’autre », pensa-t-il, presque rassuré d’avoir trouvé une constante.

Adrien attrapa son plateau et commença à scruter autour de lui, afin de trouver un endroit où s’asseoir lorsqu’il aperçut Kévin, assis à une table, à sa gauche. Adrien commença à s’élancer vers lui, quand il sentit un bras l’agripper.

« Viens, de ce côté-là, on est bien mieux assis », dit Damien, en conduisant Adrien vers le côté droit de la salle.

Adrien le suivit et jeta des regards furtifs à gauche et à droite, avant de s’asseoir. Il sentit les yeux se poser sur lui et croisa brièvement le regard de Kévin, qui s’empressa de tourner la tête et de faire mine de suivre la conversation.

Adrien ne parla pas beaucoup le reste du repas. Il se passait des choses étranges dans cette ville, mais il ne savait pas encore quoi. Pris dans sa conversation, Damien ne remarqua pas les suspicions de son nouvel ami.

*****

Philip Gautier rejoignit ses collègues dans la cantine des professeurs. Il avait eu une matinée agitée, avec des élèves de terminale peu accueillants. Il attrapa un plateau repas et alla retrouver ses collègues, déjà assis. Ils le dévisagèrent.

« Bonjour », dit-il, en posant son plateau.

Il entreprit de s’asseoir, mais se ravisa. Il tendit la main. « Pardon, je ne me suis pas présenté. Je m’appelle Philip. Philip Gautier. Je suis le professeur remplaçant de SVT. »

Les autres professeurs continuèrent de le dévisager des yeux.

« Enchantée », dit une douce voix derrière lui.

Philip vit une jolie jeune femme, autour de la trentaine arriver et poser son plateau à côté du sien. Elle tendit la main à son tour.

« Sylvie Montant. Conseillère d’orientation », se présenta-t-elle. « On peut se tutoyer ? »

« Euh… oui, bien sûr. »

Philip s’assit et sourit pour la première fois depuis le début de sa journée.

« Tant mieux. Je n’ai jamais été très adepte du vouvoiement. Mais, certains de tes prédécesseurs y tenaient beaucoup. Donc, je fais attention maintenant. » Elle s’assit à côté de lui. « Comment un charmant jeune homme comme toi a atterri dans notre modeste petite ville ? »

Flatté, Philip lui sourit. Sylvie Montant rougit, sous les regards offusqués de ses collègues.

« Sylvie ! », s’indigna Mlle Diale. « Je crois que l’on devrait laisser Philip s’installer tranquillement pour son premier jour, avant de le harceler de questions. »

« Oui, je suis désolée. C’est juste que l’on n’a pas souvent des nouvelles personnes dans cet établissement, donc ça m’intrigue de savoir ce qui a pu le conduire ici. »

« Ça ne me dérange pas de répondre à tes questions », reprit Philip, tout en continuant de sourire à Sylvie. « Mais, je ne pense pas que ma vie soit des plus intéressantes. Pour te dire la vérité, c’est un peu par hasard que je suis arrivé ici. Je venais de terminer mon travail dans le lycée précédent lorsque j’ai croisé Monsieur Koulka en visite dans l’établissement. Il m’a alors appris qu’il recherchait un professeur pour enseigner la SVT. J’ai alors fait mes cartons, et me voilà. »

Ses collègues, toujours silencieux, étaient néanmoins restés attentifs à toutes ses paroles.

« En tout cas, moi, je suis contente qu’on ait un peu de sang neuf dans cet établissement. »

Tous les regards se tournèrent vers Sylvie Montant, d’un air menaçant.

« Je veux dire que… bienvenue Philip. » Elle enchaîna rapidement, comme si de rien n’était. « N’hésite pas à me demander si tu as la moindre question. En tant que conseillère d’orientation, je suis un peu la « psy » de l’école, donc je suis au courant de tout ce qui se passe ici. »

« Merci de l’offre, je m’en souviendrai. »

*****

Après le repas, Adrien se rendit aux toilettes. En sortant, il réalisa qu’il lui restait encore une bonne demi-heure avant le cours suivant, donc il se mit à la recherche de Damien. Il fit le tour de la cour, mais ne le trouva nulle part.

« C’est bizarre ? », pensa-t-il.

Il s’assit sur une barrière et sortit son baladeur. La relaxante musique dans les oreilles, il respira enfin. Il se laissa bercer par les chansons et ne fit plus attention aux regards posés sur lui.

Soudain, il vit tous les élèves se précipiter à l’intérieur. Il regarda sa montre, et réalisa que son prochain cours allait commencer. Il regarda son emploi du temps et remarqua que tous les après-midi étaient consacrés à une activité sportive. Maintenant qu’il y pensait, il était vrai que ses camarades de classe avaient tous l’air d’être en bonne condition physique.

Ne sachant pas où se trouvait le gymnase, Adrien suivit un groupe de jeunes filles de sa classe entrer dans une salle.

A l’intérieur de la pièce, les filles, choquées, se mirent à hurler et à attraper des vêtements pour se couvrir. Adrien réalisa qu’il se trouvait dans le vestiaire des filles et ressortit précipitamment.

Il fit quelques pas et poussa la porte suivante. Il scruta rapidement des yeux l’intérieur de la pièce, et il aperçut Damien qui lui faisait signe d’entrer.

« T’étais passé où ? », lui murmura Adrien, en le rejoignant.

« J’avais une course à faire », chuchota à son tour Damien. Il passa sa manche sur sa bouche, et Adrien put remarquer une trace de sang s’y former. « Tu ne te changes pas ? », ajouta-t-il, surpris.

« Je pense que je vais seulement observer, aujourd’hui. Je n’ai pas emmené d’affaires de sport. »

Damien sortit un short de son casier.

« Tiens, j’en ai toujours un en rab. Ça peut toujours servir. Monsieur Bontrant n’est pas très réceptif aux excuses pour manquer une séance de sport. Mais, tu vas voir, sinon il est cool. »

« Ah, merci. »

Adrien se changea dans le vestiaire, puis entra dans le gymnase. La pièce était immense et semblait avoir été refaite récemment. Adrien avait du mal à croire qu’il se trouvait toujours dans le même établissement, tant le reste du lycée lui semblait vieux.

Il rejoignit une des deux lignes parallèles formées par les élèves et attendit les instructions du professeur. M. Bontrant arriva, et Adrien fut surpris de la taille peu imposante de ce professeur de sport.

« Ne te fie pas aux apparences », lui souffla Damien, qui avait remarqué la surprise d’Adrien.

« Bonjour tout le monde. Vous connaissez la routine. En route pour les échauffements. Go ! Go ! »

Adrien observa Damien et reproduit comme il le put les exercices. Damien, tout comme ses camarades, avait l’air en pleine forme physique. Adrien, quant à lui, n’avait eu qu’un seul cours de sport par semaine dans ses anciens lycées, et il était loin d’être aussi à l’aise que le reste de la salle. Il retint des grimaces de douleur tandis qu’il pouvait sentir tous les muscles de son corps travailler.

Une fois les étirements terminés, M. Bontrant rassembla à nouveau les élèves.

« Exercice de lutte par binôme, aujourd’hui. Je vous désigne, vous restez groupés et vous attendez le reste des instructions. Go ! Go ! »

Il répartit les élèves, deux par deux, rapidement en regroupant des gabarits similaires. Adrien se retrouva avec une jeune fille, qui faisait à peu près la même taille que lui. Elle avait de longs cheveux bruns, légèrement ondulés, et d’intenses yeux marron.

« Salut, je m’appelle Adrien, et toi ? », commença Adrien, qui essayait d’entamer la conversation.

La jeune fille sourit.

« Je sais », répondit-elle simplement en guise de réponse.

Le professeur, aidé de quelques élèves, installa ensuite un grand matelas fin au milieu du gymnase.

« Installez-vous par binôme, en file indienne, et montez chacun à votre tour sur le tapis de lutte. Vous avez cinq minutes chacun. Après, on enchaîne avec le binôme suivant. Go ! Go ! », reprit M. Bontrant.

Adrien n’avait jamais pratiqué de lutte auparavant, et appréhendait un peu cet exercice. Il y avait plusieurs binômes avant lui, ce qui lui laissait un peu de temps pour voir à quoi s’en tenir.

Mais, le roulement entre binômes passa en fait très vite, et il s’affola de voir la forte agilité et rapidité de ses camarades.

Lorsque son tour vint, il resta immobile quelques instants. Sa partenaire s’élança vers lui, et avant qu’il n’ait eut le temps de réaliser ce qui se passait, il fut projeté sur le tapis.

La jeune fille s’avança vers lui, et tendit la main pour l’aider à se relever. Il attrapa sa main, sous le choc, et la suivit hors du matelas pour laisser place au groupe suivant.

Ils continuèrent ensuite avec des exercices de travail musculaire, toujours en binôme, et Adrien resta silencieux quelques instants, encore secoué par ce qui venait de se passer, sous le regard amusé de la jeune fille.

« T’en fais pas. On ne fait pas cet exercice tous les jours », tenta-t-elle de le rassurer. « Je crois qu’il essayait juste de te stimuler à t’entraîner un peu plus. »

« C’est réussi », dit Adrien, qui frappait de toutes ses forces le sac de sable, maintenu fermement par la jeune fille.

*****

Le reste de la séance se passa plus tranquillement, mais Adrien en sortit, exténué.

Avant de rejoindre les vestiaires, la jeune fille l’arrêta.

« Chloé. »

« Pardon ? »

« Mon nom, c’est Chloé. »

Adrien lui sourit, puis rejoignit les vestiaires pour aller prendre une douche.

Il se rhabilla ensuite, et attendit Damien à la sortie du gymnase. Il remarqua que la nuit commençait à tomber.

Damien rejoignit Adrien et tous deux quittèrent le gymnase. Ils marchèrent quelques minutes, mais soudain, Damien s’arrêta.

« Mince, j’ai oublié un classeur dans mon casier. Je voulais réviser un truc ce soir… Tu m’attends ? »

« Ouais, ok. »

Adrien s’arrêta à son tour et regarda Damien disparaître à l’intérieur du lycée. Il s’aperçut alors qu’il se trouvait dans une rue sombre et déserte.

Mais, la rue ne resta pas déserte très longtemps. Une foule de personnes surgit d’un coup et de toute part et se mit à l’encercler. Adrien n’eut pas le temps de fuir. Il chercha des yeux un espace où se faufiler, mais il était déjà trop tard.

Un jeune homme, aux cheveux d’un blond très clair s’avança vers Adrien.

« Qu’est-ce qui t’amène ici ? »

« Euh… Mon père est prof de SVT. »

« C’était pas ma question ! », lança sèchement le jeune homme blond. « Qu’est-ce que TU viens faire ICI, dans NOTRE ville ? »

Adrien ne répondit rien. Il ne savait pas ce que le jeune homme voulait entendre.

« T’es sourd en plus d’être con ? Je t’ai posé une question. C’est NOTRE ville ici, et toi et ton père n’êtes pas les bienvenus, ok ? Alors un petit conseil… Foutez le camp ! »

Adrien chercha des yeux de l’aide dans l’assistance, mais il n’y trouva que des regards intrigués de voir ce qui allait se passer.

« Je ne veux pas de problèmes », dit Adrien, qui tenta de masquer sa peur. « Si j’ai fait quelque chose qu’il ne fallait pas, dites-le moi, je ne savais pas. »

Le jeune homme blond se mit à rire.

« Il est un peu tard pour ça, Gautier. » Il porta la main à sa bouche. « Hmmm… Gautier, ça sonne un peu comme gibier… Ha, ha, ha… »

Son rire fut accompagné par le rire de la foule.

Sur ces mots, il élança son poing droit en avant qui s’écrasa sur l’œil d’Adrien. Pris par surprise, Adrien fit quelques pas en arrière et perdit un peu l’équilibre. Il se stabilisa rapidement, et cligna un peu de l’œil afin de recouvrer la vue.

Tandis qu’il cherchait un plan de fuite, deux autres jeunes se mirent de chaque côté de lui et lui tinrent les bras.

Adrien remarqua que l’un d’eux avait les cheveux aussi clairs que son assaillant, tandis que l’autre avait les cheveux bruns.

Désormais maintenu, Adrien ne put esquiver le coup de genou qui vint l’atteindre en plein ventre. Il fut alors relâché, et s’écroula par terre, de douleur.

Les trois jeunes lui donnèrent encore quelques coups, et Adrien resta à terre. Le dernier coup reçu à la tête, lui fit perdre connaissance quelques minutes.

Lorsqu’il revint à lui, la foule s’était dissipée. Il se releva péniblement, posa une main sur sa côte gauche, et balaya de l’autre main le sang qui coulait de sa bouche. Il peina à relever la paupière de son œil droit, qui lui procurait une douleur immense.

Il se mit à marcher, en boitillant. Quelques mètres et d’horribles douleurs plus tard, Damien se présenta devant lui, le regard baissé.

« Je suis désolé », dit-il. « Je ne savais pas qu’ils allaient faire ça. Ils m’ont juste dit qu’ils voulaient te parler… Je ne savais pas, j’te jure. Je suis désolé. »

Adrien n’avait pas la force de répondre. Il put déceler, à travers le sang qui coulait sur son œil des remords sur le visage de Damien, mais il ne savait pas trop quoi penser à cet instant-là. Il réservait les seules forces qui lui restaient pour arriver à rentrer chez lui.

Damien attrapa le bras d’Adrien et le posa sur son épaule.

« Viens, je vais t’aider à rentrer. »

Adrien ne répondit rien. Il se laissa ramener chez lui sans broncher. Durant tout le trajet, Damien ne dit pas non plus un mot.

*****

Arrivés devant la maison, Damien frappa à la porte et s’enfuit avant que la porte ne s’ouvre.

Philip Gautier laissa échapper un regard d’effroi à la vue de son fils. Il lui attrapa le bras et l’aida à marcher jusqu’à sa chambre.

« Ça va aller. C’est fini », dit-il, d’une voix paternelle.

Adrien ôta difficilement son manteau, puis s’allongea doucement sur le lit. Il se laissa soigner par son père au regard rempli de tristesse et d’inquiétude.

Adrien ferma peu à peu les yeux. Il n’eut pas le temps de se déshabiller que la fatigue de la journée, mêlée aux médicaments administrés par son père, le plongèrent dans un profond sommeil.