« Call me », X   

X

La Limousine qui les attendait à la gare de Boston les emmena à un petit terrain d’aviation à partir duquel ils s’envolèrent à bord d’un luxueux  jet privé pour une destination connue seulement de Virgil.

A bord, Eva s’était isolée dans sa cabine afin de consacrer les quelques heures du voyage à une séance de méditation profonde qui était sa façon de se préparer à sa performance.  

Virgil avait gagné un bureau isolé du reste de l’appareil et devait finaliser les préparatifs du ballet improvisé.

Milos finissait un repas digne des plus grandes tables. Perdu dans ses pensées, il était comme hypnotisé par le mouvement du liquide ambré dont les vagues parfumées venaient tapisser les parois du cristal de bohème du verre logé au creux de sa main.

Il prit une gorgée d’Armagnac, mais le feu de l’alcool ne parvenait pas à dominer le brasier ardent qui peu à peu consumait chaque parcelle de son être. Sous le feu couvait l’onde glacée de sa paranoïa qui lui hurlait de quitter ces deux inconnus pour retrouver au plus vite sa solitude, seule capable de lui assurer ce semblant de sûreté semblable à celle que connaissent les prisonniers en cellule d’isolement dans un établissement de haute sécurité.          

Milos s’était placé dans son propre couloir de la mort il y avait des années de cela. Les derniers mois passés dans le monde des Feelers avait accéléré son processus d’autodestruction. Il était au seuil du point de non-retour. Il jouait à la roulette russe avec de plus en plus de balles.

Mais maintenant il y avait Eva et bien qu’aussi russe que la roulette elle lui inspirait des pensées beaucoup moins morbides.

La nourriture, l’alcool, le ronronnement des moteurs et la fatigue accumulée eurent finalement raison de Milos qui s’enfonça dans le sommeil comme d’autres sombrent dans le coma.

La voix rauque devenu familière le tira des bras de Morphée. Elle était assise sur le fauteuil en face de lui et s’était penchée pour lui parler. Son visage était tout proche du sien.

- Vous l’avez avec vous ? dit-elle sans préambule.

- De quoi parlez-vous ? répondit Milos l’esprit encore embué et en proie à une terrible migraine.

- Le magazine.

- Oui bien sûr, le magazine fit-il tout en commençant à fouiller les poches de son manteau.

Il le sorti et le posa sur une tablette devant Eva et scruta son expression lorsqu’elle parcouru les pages avant d’arriver à celle de la fameuse photo.

Eva observa le document et secoua la tête.

- Tout cela n’a aucun sens.  Vous dites avoir trouvé ce magazine à Paris et je n’y ai jamais mis les pieds. Je suis bien sur cette photo, mais je n’ai aucun souvenir de qui a pu la prendre ni à quel endroit. Je n’ai jamais passé de contrat avec ce magazine pour utiliser mon image. Par contre l’écriture et le numéro de téléphone sont bien les miens.  

Qui êtes vous Milos et que me voulez vous ?   

Virgil apparu alors et leur indiqua leur proche atterrissage ce qui mit fin à leur conversation.