« Call me », XI   

XI

Sanglé à son siège Milos essayait de trouver des repères pour identifier l’endroit où ils allaient se poser.

Virgil avait parlé d’un océan et ils volaient depuis environ 4 heures en direction du sud-ouest ce qui devait les positionner le long de la côte ouest américaine.

Il faisait encore nuit et un regard à l’extérieur ne fournissait aucun indice utile. Milos était même plutôt inquiet de ne pas voir les lumières habituelles qui signalent les pistes et les aéroports.

Le jet amorça son dernier virage et se posa sans la moindre secousse dans le noir absolu.

Milos complètement désorienté sorti de l’appareil accompagné de Virgil et Eva et ils rejoignirent un groupe de véhicules stationnés un peu plus loin. La température était douce et une brise salée chargée de poussière rappelait à Milos un endroit dans le désert qu’il avait visité quelques mois plus tôt.    

Le jet qui n’avait pas éteint ses moteurs, fit mouvement et en l’espace de quelques secondes n’était plus qu’un point incandescent dans le néant.

Le trio pris place dans un imposant véhicule tout terrain ressemblant à un scarabée maléfique. Deux autres scarabées les entouraient et le convoi se mit rapidement en mouvement sur la piste que leur jet venait d’emprunter. La piste ne semblait jamais finir et Milos compris qu’ils s’étaient posés sur une route visiblement ouverte à la circulation.    

Eva semblait juger l’expérience follement excitante, mais Milos trouvait que ce Virgil ressemblait davantage à un maître espion au service d’une puissance occulte qu’à un mécène amateur des beaux arts.

Ils roulèrent en silence vers l’ouest pendant encore 45 minutes. Eva s’imprégnait des énergies de la région dans un état de semi-conscience. Virgil fixait Milos avec une intensité croissante qui le rendait de plus en plus mal à l’aise.

Le jour se levait sur un paysage désertique au moment où ils arrivèrent à destination. Derrière eux, à l’infini, des dunes de sable ocre languissaient paresseusement ici et là ponctuées de quelques cactus anémiques. Devant eux le désert et l’océan pacifique se livrait un combat millénaire et le résultat était d’une saisissante beauté ce qui combla Eva de joie et plongea Milos dans un abîme glacé de pure panique.

- Bienvenue à Garra del Diablo, Baja California, déclama Virgil en savourant l’expression de terreur figeant les traits de Milos.