« Call me », V   

V

Autant Milos trouvait, au mieux, les aéroports insipides, autant la gare de Grand Central était pour lui une véritable cathédrale néo-classique dédiée à Hermès et à Chronos qui devaient se divertir du fourmillement incessants  de ces pèlerins affairés qui les vénéraient sans même le savoir.

L’immense hall était un carrefour dans lequel se croisaient les destins de ceux qui arrivaient de tous les coins du pays armés de leurs rêves et de leurs illusions et de ceux qui repartaient d’où ils étaient venus usés par les aspérités de la vie. Milos se demandait si, lorsqu’ils échangeaient des regards, ils se reconnaissaient et l’espace d’un battement de paupière se renvoyaient leurs propres images dans le passé pour les uns et dans le futur pour les autres.

Milos observait le déplacement inexorablement lent des aiguilles d’une des nombreuses horloges qui fleurissaient sur les parois monumentales du terminal. Bientôt il pourrait parler de vive voix avec Eva, la voir et se prouver que tout cela n’était pas simplement une fantastique hallucination.  

Le magazine fermement logé sous son bras, il avançait sur le quai 18 à la recherche de la chevelure de feu qu’il espérait apercevoir d’un instant à l’autre.

14h, un train s’approcha du quai et s’arrêta. Des passagers débarquaient tandis que d’autres embarquaient.  Milos tentait de ne pas perdre pied dans le flot humain. Ce chaos inattendu était exaspérant et il commençait à sérieusement douter de ses chances de trouver Eva.

Quai 18, 14h04, une voie enregistrée annonçait le départ immédiat du train express à destination de Boston, quand il aperçu une forme gracile et bondissante se précipiter dans un wagon à l’autre bout du quai. Il avait cru déceler une onde rougeoyante, mais comment en être sur. Il n’avait plus que quelques secondes avant la fermeture des portes.

« J’ai toujours eu envie de visiter Boston ! » se dit-il en se hissant à bord du train.