« Call me », VIII   

VIII

Milos avait parcouru la moitié des compartiments à la recherche d’Eva qui demeurait introuvable. Trouver Eva était devenu une obsession fiévreuse. Depuis Paris, l’existence de cette femme s’était développée dans son esprit comme un virus opérant une transformation profonde de sa conscience.

Il était partagé entre le désir ardent de la rencontrer et la peur de finalement ne découvrir qu’une chimère ou pire encore d’être déçu par la réalité.

En pénétrant dans la voiture restaurant Milos fut prit d’une sorte de vertige, la tête vide, les entrailles lestées de plomb, la gorge asséchée, les battements de son cœur résonnant dans ses tempes au rythme des bogies heurtant les rails inégaux. Il était en apnée mentale, Eva était là devant lui à quelques mètres seulement.

Elle avançait dans sa direction, flottant entre deux airs d’une démarche gracieuse, souple et féline avec cette capacité de pouvoir courber l’espace et le temps autours d’elle, devenant le centre d’attention involontaire de son univers immédiat.

Sa tenue évoquait celle d’un page tout droit sorti d’un conte féerique. Elle portait un chemisier de soie vert tendre dont le large col remonté mettait en valeur son cou délicat et exposait la naissance de ses épaules fines et musclées sur lesquelles ruisselait une cascade de boucles blond vénitien. Elle chaussait de hautes bottes de suède fauve qui révélaient le galbe parfait de ses mollets et conduisaient invariablement le regard vers ses cuisses dont les muscles finement ciselés ondoyaient sous une étoffe de satin carmin.  

Un port de tête altier renforçait son allure de princesse cosaque. Pour seuls bijoux ses yeux émeraude attisaient le brasier consumant l’âme de Milos.    

Reprenant son souffle, Milos remarqua l’homme qui l’accompagnait et avec lequel elle était en grande discussion.

Tous deux prirent place à une table et Milos les imita de manière à pouvoir continuer à observer Eva.

Elle parlait avec passion et son visage était resplendissant de vie ne trahissant aucun doute, aucune peur, aucun faux semblant.

Après quelques instants l’homme se leva et Milos saisi cette opportunité pour enfin briser son anonymat.

Virgil s’était absenté pour passer des appels téléphoniques et Eva vit s’approcher de sa table un inconnu. L’homme était grand, très mince et semblait ne pas avoir dormis plus de trois heures au cours de la dernière année.

- Je suis Milos, nous nous sommes parlé plus tôt aujourd’hui.    

- L’homme au magazine. Désolé pour le rendez-vous manqué. Asseyez-vous, je vous dois bien un verre.

Milos s’exécuta quand ils furent rejoins par Virgil.